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PRUNE NOURRY, MUSEE GUIMET

jeudi 31 août 2017

Surprenante exposition d’une artiste française de 32 ans, passionnée par l’Asie qui s’est impliquée avec vérité et justesse pour des causes sociales et patrimoniales en Chine et en Inde.
Ses œuvres sont parsemées dans les différentes salles du musée au milieu des pièces plus traditionnelles d’une grande qualité.
C’est inattendu, mais cela devient presque une habitude du fait du dynamisme de l’actuelle directrice, une transfuge du Louvre qui prend des paris risqués, qu’elle gagne !

Son œuvre relève de trois registres.
Elle a reconstitué en plâtre, à l’échelle 1, un bouddha sur le modèle de Bamiyan, en Afghanistan, détruit en 2001 par les¬ ¬talibans, c’est-à-dire 38 m de haut ! Elle l’a découpé en plusieurs morceaux et y a planté des morceaux de bois qui tiennent à la fois des flèches , type Saint Sébastien, et de bâtons d’encens.

Pour sensibiliser aux questions de la sélection prénatale, aux infanticides de bébés de sexe féminin en Inde, où les vaches sont sacrées, mais où des millions de petites filles ont été et sont ¬encore privées de vie, elle a conçu un hybride de fille et de vachette, attendrissante au possible, noire. Elle en a fait plusieurs modèles dans des positions diverses et les a placées à porter de main dans la rue et ici dans le musée.

Mais son œuvre la plus célèbre de 2013, les Terracotta ¬Daughters, est bâtie sur les fameux guerriers chinois de Xian en terre cuite. En prenant le modèle de 8 jeunes filles orphelines chinoises, elle a demandé à des artisans locaux de confectionner 108 statues toutes différentes faites avec les visages, bras, jambes, torses de jeunes filles réelles, mais disposés d’une manière aléatoire, un peu à la Rodin ! L’ensemble a été enfoui dans un endroit secret et sera exhumé en 2030, date où le déséquilibre des sexes sera le plus important.

Une exposition décapante à voir avant le 18 -septembre 2017
JD






Présentation du musée

Pour sa quatrième Carte blanche confiée à un artiste contemporain, le MNAAG a choisi de sortir du cadre strict de la rotonde (4e étage) et d’exposer les sculptures de l’artiste plasticienne Prune Nourry dans un dialogue poétique avec les collections ; y prennent part quinze pièces historiques de la collection permanente du musée.
Les sculptures de Prune Nourry, présentées au sein d’un parcours guidé, offrent analogies visuelles et correspondances de sens, invitant le visiteur à participer à une véritable réflexion à travers le musée sur des problématiques quant au devenir de l’humanité. Nées d’un triptyque d’expériences asiatiques, ses œuvres - performances ou installations - illustrent dix ans de travail de l’artiste. L’itinéraire culmine sous le regard d’une création monumentale, un Bouddha fragmenté, ruiné, qui investit tous les étages du musée.
Au fur et à mesure des déambulations dans les salles du musée, apparaissent les fragments d’un Bouddha de plusieurs mètres de haut conçu par l’artiste in situ et dont le pied géant, installé dans la cour khmère, introduit le déploiement vertical du corps du Bouddha, la tête se trouvant au dernier étage, sous la rotonde. Le Bouddha géant de Prune Nourry, figure intemporelle, morcelé, ruiné, résonne de questions contemporaines, non seulement celles d’un patrimoine et d’une mémoire cibles, mais aussi celle de nos inquiétudes eschatologiques contemporaines, parfois consuméristes. Cette création inédite en quatre parties, interagissant à l’échelle du musée, rappelle que le bouddhisme, véritable fil d’Ariane au sein des collections, est également un fil conducteur pour comprendre l’art et les civilisations asiatiques sur leur longue histoire.

Le travail de Prune Nourry, en lien étroit avec d’autres disciplines scientifiques - ici la conservation du musée - et sociologiques, son intérêt pour l’anthropologie et l’archéologie la bioéthique - au cœur de sa réflexion - questionnent l’évolution artificielle de l’humain et les dérives de la sélection procréative non naturelle.

La dimension humaniste de l’œuvre de Prune Nourry, au cœur des sujets et débats scientifiques d’actualité, accompagne son bouddha monumental et trouve un écho au sein des collections du musée. Enfin, explorant la notion de géographie religieuse et prophétique, une place importante sera accordée à l’empreinte sacrée, relique immatérielle et incorporelle, puissamment syncrétique.