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Anne Laure Sacriste : "Madame Duvauçay au miroir"



Une œuvre d’avant-garde présentée en automne 2010 à la Galerie Saint-Séverin

Cette installation était dans un premier temps intrigante, mais en fait subtile et intellectuellement de grande tenue. Elle aborde les questions du visible et de l’absence par le biais d’un tableau de Ingres.

Anne Laure Christe a peint à l’envers (pour les besoins de la réflexion dans le miroir) un tableau réalisé par Ingres en 1807 durant son séjour à la Villa Médicis, à Rome où il est fasciné par les portraits de Raphaël (1483-1520). Le modèle y est peint dans une posture classique, avec une redoutable précision où une certaine froideur de la peau contraste avec les tons sourds et chauds des tissus. V&D l’a décryptée pour vous.

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Anne Laure Sacriste

Qu’y voit-on ?

Dans un premier temps, un plan noir faisant référence directement à l’art minimal, une sorte de monolithe noir faisant aussi penser à l’objet énigmatique et à consonance religieuse du film 2001, l’Odyssée de l’espace ou encore que l’on peut aussi interpréter comme une stèle funéraire aux images.

Belle mise en scène minimaliste, à apprécier notamment la nuit !

Interpellé, un passant curieux est amené à faire un pas de côté et découvre un miroir au cadre ébréché, qui a donc reflété bien des images depuis sa fabrication. En faisant attention, on voit alors apparaître non une image en couleur, mais un visage en noir et blanc qui n’est autre que celui peint sur l’envers du monolithe. Par ailleurs, une carte postale est négligemment glissée sur un bord du cadre comme on le fait familièrement chez soi, pour se rappeler un souvenir, une rencontre. Ici, il s’agit d’arbres et de forêt, une reproduction d’une œuvre romantique peut-être.

IngresIngres, Madame Duvauçay, 1807, Musée de Condé

On voit donc que Anne Laure Sacriste est dans la citation ou la suite des grands maîtres. Elle en questionne un du XIXe qui, lui même, faisait donc écho à un autre du XVIe.

Par ailleurs, elle change le titre : « Madame Duvauçay au miroir » aurait pu être celui d’un vrai tableau du XIXe. Mais ici le miroir n’est pas dans la toile, il est à l’extérieur en tant qu’objet explicite et non comme faisant partie souvent secondaire d’un sujet peint. Il joue ici un rôle fort.

Le sujet potentiel a été déconstruit ; on est dans une installation du XXIe et non dans le plan classique d’un tableau du XIXe. L’œuvre utilise les 3 dimensions, nouvelles références de l’image, notamment dans le cinéma. Par ailleurs, le noir et blanc contribuent à la mise à distance car ils relèvent d’un médium photographique traité comme on le faisait au début du XXe. Les temps des références artistiques s’imbriquent.

Dans cette œuvre, la référence à un temps lointain de l’art est ainsi subtilement appliquée par touches et partout. Cela crée un climat étrange qui pourrait être source d’incompréhension pour certains.

Anne Laure Sacriste Anne Laure Sacriste

L’art contemporain décale, opère, oblige au questionnement. Dans le cas présent, il s’agit du statut de l’image omniprésente aujourd’hui, de ses filiations et bien sûr du reflet de la réalité, qu’elle soit matérielle ou spirituelle.

La Galerie est en "cousinage" avec V&D et propose toujours des œuvres exigeantes et de grande qualité.

Anne Laure Sacriste

Anne Laure Sacriste, "Madame Duvauçay au miroir", 2010

Qui est-ce ? Pourquoi ce stratagème artistique, typique d’un art contemporain raffiné ?

L’effet d’abîme est ici renforcé, probablement en dehors de l’intention de l’auteur ou de la Galerie, car de jour et au soleil, on voit d’abord les passants et l’église Saint-Séverin qui se reflètent en première approche de cette Galerie. L’avers du monolithe et la vitrine noir jouent le rôle de miroir ! Les passants seraient alors inclus dans une œuvre d’un autre genre, ancienne et contemporaine à la fois : la ville.

Dernier clin d’œil, dans cet article V&D s’est contenté de « réfléchir » avec vous…


À voir rapidement avant le 14 novembre

Galerie Saint-Séverin, tous les jours jusqu’à 2h du matin, 4 rue des Prêtres-Saint-Séverin, Paris 5e. M° Cluny la Sorbonne, Saint-Michel

Et au préalable laissons la commissaire de l’exposition commenter cette œuvre :

"Cette œuvre s’inscrit dans un projet cohérent, le Surgissement des images, formé d’un cycle de cinq expositions. Se déroulant comme un fil, il aborde, à travers différentes approches artistiques, la question de l’apparition et du dévoilement de l’image dans ces manifestations contemporaines.




Fidèle à ses préoccupations tournées vers une lecture contemporaine du Romantisme, l’artiste, d’Anne Laure Sacriste, nous propose un dispositif dans lequel elle revisite le tableau d’Ingres, Portrait de Madame Duvauçay (1807, Musée Condé, Chantilly) qui s’inscrit dans une série de trois portraits autour de la thématique du reflet (reflexive thoughts). Le voici peint à l’envers, révélé par un jeu de gris et de noirs irisés, mais de la matérialité infime de la toile nous ne voyons rien car Madame Duvauçay n’est plus qu’une apparition dans un miroir ; l’image d’un soudain surgissement qui n’est que le spectre de celle qui a été et dont on aimerait toucher du doigt l’existence. 
Comme ses forêts qui pleurent (Crying landscapes), ses cascades et ses lacs noirs (Mystery), pensés comme des résurgences de motifs qui peu à peu se révèlent à notre regard pour mieux disparaître, Anne Laure Sacriste joue ici avec les mises en abîme de la perception et des citations (Ingres, Friedrich).
La vitrine devient un espace intime où la réplique inversée et métamorphosée du tableau originel désormais totalement indépendant du mur, offre au spectateur un autre seuil du visible dans lequel il est question d’évoquer un corps et un visage absents."

Valérie Da Costa

Si vous pensez que tout cela est un peu « cérébral « V&D vous invite à voir et entendre l’artiste commenter un tableau de Monet. L’artiste est bien ancrée dans l’art le plus sensible. C’est aussi cela l’art contemporain…

Anne Laure Sacriste, diplômée de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, est née en 1970. Elle vit et travaille à Paris. Son travail pictural est nourri du Sublime de la nature qu’elle conjugue à de multiples références (Romantisme, Symbolisme) dont elle livre une interprétation contemporaine. 
Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions personnelles et collectives parmi lesquelles, en 2006, à la galerie Art : Concept (Paris), en 2007 pour Génération 70 (Fondation Salomon, Annecy) et récemment au Centre d’art contemporain Micro-Onde à Vélizy-Villacoublay (Et in Arcadia Ego). Elle a aussi participé aux expositions Miroirs Noirs, Fondation d’entreprise Ricard (Paris) et D’Après natureau Château d’Avignon à Arles. Sa prochaine exposition personnelle aura lieu à partir du 17 décembre au Musée d’art moderne de Saint-Etienne. 
Anne Laure Sacriste a reçu le Prix Champagne Henriot du catalogue d’artiste 2009.

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