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Bêtes Off. Exposition à la Conciergerie



Une exposition sur l’animal comme Autre. Pétillante et surprenante.

L’animal est à la mode. Il est partout, dans les expositions, les films, les romans, jusqu’au programme de l’agrégation de philosophie ! Il fait l’objet d’une réhabilitation d’un type nouveau, loin des Fables de la Fontaine. S’agirait-il d’une inquiétude diffuse de communauté de destin avec l’homme dans un monde menacé dans son environnement ? L’exposition de la Conciergerie est le point d’orgue d’une présentation de 75 œuvres qui a duré un an dans 35 bâtiments français gérés par le Centre des Monuments Nationaux.


Il y a deux manières de voir cette exposition. La première est de se laisser guider par les courts propos du petit guide, et si vous avez le temps par le gros et splendide catalogue. Celui offre des réflexions particulièrement vives sur la manière dont l’artiste se saisit de l’animal, dont la frontière entre l’homme et l’animal devient symboliquement incertaine. L’animal n’est plus une métaphore de l’homme dans ses travers, ni cet être si différent qu’il peut être dominé et tué, ou cet autre qui exalte les qualités de l’homme quand il l’affronte.

La seconde manière est de partir à la découverte de pièces étranges et emplies de merveilleux, d’installations qui subjuguent par leur originalité et leurs qualités plastiques. C’est la voie choisie par Jean Verrier dans ces chemins à thème sous les splendides voûtes de la Salle des gens d’armes de la Conciergerie.

Jalons réflexifs pour parcourir l’exposition

L’animal est un autre

Pour beaucoup d’artistes l’animal est un "autre". Il peut alors n’être qu’un motif au service d’une expression personnelle. Différent, mais tout proche dans l’ordre du vivant, il devient un terrain d’élection pour nos projections affectives. C’est ainsi qu’en prétendant le ramener au rang d’objet certaines œuvres suscitent une sorte de reflux émotionnel. Son altérité lui permet également de définir "le propre de l’homme" par rapport au "sale de la bête". Il joue alors le rôle d’un miroir déformant nous renvoyant notre propre image. Il vient encore matérialiser le clivage entre la nature et la culture.

Vivre ensemble

Dépassant les questions frontalières, on peut choisir de s’intéresser à la communauté du vivant. Faisant écho aux redoutables tentatives d’asservissement qu’autorise désormais la technologie, certains artistes explorent la troublante mixité entre l’homme, l’animal et la machine. Moins pessimistes, d’autres recherchent les conditions d’une cohabitation harmonieuse avec l’animal en proposant un meilleur partage de l’espace. Au-delà de la proximité biologique, nous sommes également liés par une communauté d’intérêts. Dans le domaine artistique, y a-t-il meilleur ambassadeur que l’animal pour plaider la cause des risques encourus par l’évolution de notre planète ?

Devenir animal

Une révolution intellectuelle s’opère dans la pensée contemporaine : longtemps revendiquée par la culture humaniste, la distance entre l’homme et l’animal s’estompe devant l’acceptation d’une forme de continuité. Consécutivement la figure animalière change de sens. Elle vient désormais témoigner de l’animalité présente en tout homme. Par ailleurs, la science livre certaines informations sur le système sensoriel des bêtes. On sait désormais qu’elles ont une perception de leur environnement différente de la nôtre. S’efforçant au "devenir-animal" certains artistes tentent d’explorer ces différents mondes.

Claude d’Anthenaise

Étonnement devant une œuvre

L’œuvre qui m’a le plus étonné dans l’exposition « Bêtes off » est certainement celle de Claire Morgan, datée de 2011, et intitulée « Here is The End of All Things » (Voici le terme de toutes choses).

Il existe des dizaines de photos de cette œuvre sur Internet, mais aucune reproduction en deux dimensions ne peut rendre compte de ce que l’on éprouve lorsqu’on évolue aux frontières incertaines de cet extraordinaire espace, comme suspendu dans les ténèbres et balisé de poussières lumineuses, plumes végétales ? Insectes ? Dont les alignements dessinent comme des latitudes et des longitudes.

Mille éclairs métallisés que le souffle de notre approche semble faire se mouvoir au-dessus d’une immense dalle d’un noir absolu (marbre ou eau ?) qui reproduit l’ensemble comme à l’infini. Impuissance de ma pauvre esquisse de description : comment rendre en un discours linéaire l’espèce d’illumination qui m’a saisi ? Car je n’ai encore rien dit de ce qui m’a d’abord attiré : placée au centre du dispositif une chouette blanche aux ailes déployées, au vol suspendu, comme crucifiée dans la lumière, en une mystérieuse évidence. C’est elle qui assure l’équilibre de l’ensemble.

Et Claire Morgan n’est qu’une des 45 artistes qui exposent à la Conciergerie.

On peut voir aussi une baleine portée sur le dos d’un homme à quatre pattes, un cerf dont les bois dorés entraînent sur le sol un long enchevêtrement de branches, la métamorphose d’un corps en arbre d’où jaillissent branches et squelettes, la gigantesque peau d’un cheval à la superbe robe rousse reposant sur deux tréteaux… On peut aussi entendre le concert aléatoire produit par des canaris qui sautillent sur des guitares électriques, ou assister à la mise en pièces d’une table de banquet par un vol de charognards. Cependant ne cherchez pas l’autruche qui figure sur l’affiche de l’exposition. On m’a dit que, pour qu’il n’y ait pas de jaloux, on a choisi l’œuvre d’un artiste qui n’est pas exposé.

Jean Verrier


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