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Biennale de Venise 2011. Un voyage artistique



La Biennale de Venise est un moment important pour découvrir des œuvres l’art contemporain. Toute la ville est propice à des expositions où les découvertes sont nombreuses.

Charlotte Szmaragd en revient et nous livre son point de vue critique et ses coups de cœur.


Crée en 1895 par Georges Dulinot, la Biennale de Venise est la première manifestation d’art contemporain internationale dont le but était de faire partager l’art au plus grand nombre. Depuis 1897, tous les deux ans des mois de juin à novembre, la Sérénissime trouve un souffle nouveau aux côtés des œuvres des plus grand noms de la scène artistique mondiale. Pour sa 54ème édition, la Biennale ne faillit pas à sa réputation. Si les choix de l’exposition officielle peuvent apparaître un peu convenus, autant dans les pavillons nationaux que dans les expositions indépendantes, nombreux sont les artistes qui se démarquent par l’originalité et la générosité de leur démarche.

La Biennale de Venise est une exposition à l’échelle de la ville et se partagent en trois ensembles. L’exposition internationale, autrement dit la sélection officielle, occupe l’ancien Arsenal, structure immense et majestueuse qui se présente comme un long et haut corridor aboutissant aux bâtiments de la Corderie sur les rives de la Lagune.

Le commissaire désigné cette année est la critique et curatrice zurichoise, Bice Curiger. Son projet pour 2011 est ILLUMInazioni – ILLUMInations, hommage certain aux peintres dits « luministes » de la Renaissance à vénitienne, et plus spécifiquement aux œuvres du Tintoret. Il s’agit également d’évoquer la question des nations, l’exposition dont l’ambition étant d’être une vitrine des pratiques artistiques les plus innovantes des différents pays du monde. En dehors de quelques découvertes mémorables de jeunes artistes tel que l’italienne, Guilia Piscitelli, avec ses grandes toiles en soie moirée qui font tantôt apparaître, tantôt disparaître le motif ou Nicholas Hloblo, d’origine sud-africaine, qui présente une créature fantastique monumentale composée d’un patchwork de tissus et de fils, les choix opérés sont un peu décevants, mettant à l’honneur des travaux issus de démarches intellectuelles et discursives assez hermétiques plastiquement. Le pendant de cette exposition se trouve dans le Pavillon Central des Giardini (Jardins) où l’on a le plaisir de voir les créations inédites d’artistes confirmés tels que Maurizio Cattelan ou Cindy Sherman.

Christian Boltanski, Chance(1)Les Giardini, à l’extrême ouest de la péninsule, est un autre espace magique. Au cœur d’un jardin boisé, au centre duquel coule un petit canal, se trouvent les pavillons nationaux conçus par d’illustres architectes depuis le début du XXème siècle, et où chaque pays désigne par l’intermédiaire d’un commissaire indépendant un ou plusieurs artistes. On y fait de très belles découvertes, surprenantes et variées. Le médium vidéo semble le plus utilisé et est judicieusement renouvelé avec les peintures-vidéo d’Angel Vergara, dans le pavillon Belge, où la touche du pinceau souligne des images d’actualité pour dénoncer les péchés de la société contemporaine. Angel Vergara, Feuilleton, The Seven Capital Sins

Mais c’est sûrement dans le pavillon japonais que la projection vidéo prend un sens tout à fait original avec l’œuvre magistrale de Tabaimo. Traversant plusieurs espaces et dimensions grâce à un jeux judicieux de miroir, l’animation en dessin transporte véritablement le spectateur dans un autre monde, féérique et infini, un voyage inoubliable. On peut également souligner l’installation remarquable de Christian Boltanski, qui quitte quelque peu le pessimisme historique pour se confronter à la question de la naissance, en construisant une structure mobile, dans laquelle défilent des visages de nouveaux-nés et qui s’arrête ponctuellement comme une roue du destin.

Guilia Pscitelli, Spica, 2011(1)En troisième lieu, il y a la ville et ses palais où sont disséminés d’autres programmations nationales et des expositions monographiques ou thématiques. Ce dernier parcours est tout à fait admirable. Si la visite de la cité lacustre peut être pour certains très éprouvante, du fait de son flot ininterrompu de touristes et de boutiques de carnaval, il s’agit ici de découvrir une autre Venise, celle du calme et du raffinement des palais privés et des églises. Les œuvres contemporaines dialoguent avec les vastes pièces pavées de marbres et ornés de miroirs et de fresques. La sélection des artistes est souvent très pointues et la scénographie des espaces est particulièrement soignée. Parmi cette programmation « off », on retiendra particulièrement Future Pass, étudiant les rapports entre l’art et la science-fiction, dans le quartier de Cannaregio et Mondernikon présentant la nouvelle génération d’artistes russes sur l’île paisible de la Guidecca.

Cindy Sherman, UntitledLes nombreuses églises gothiques et baroques ne sont pas en reste. Si on n’y vient aussi pour admirer les chefs d’œuvres des Tiepolo, Véronèse et autre Bellini, on découvre des démarches qui font sens avec l’espace consacré, en accord ou en provocation. Dans la nef de la Chiesa San Lio, dans le quartier du Castello, l’artiste polonais, Lech Majewski, présente Bruegel suite, un travail vidéo ayant nécessité trois ans d’élaboration, inspiré par le Chemin au Calvaire du peintre flamand Peter Bruegel (1564-1638). L’installation mêle à la fois une reconstitution poétique et plastique du tableau et une réflexion cinématographique sur l’émergence de la violence dans l’histoire des religions au travers de la figure du martyre.

Jan Fabre, PiétaEnfin, on ne saurait être insensible au travail toujours monumental et lugubre de Jan Fabre avec Pietas qui occupe la très grande église romane, Santa Maria della Misericordia. Pour la première fois, l’artiste travaille le marbre et rend hommage à la sculpture de Michel-Ange qu’il métamorphose pour signifier le lien entre l’art et la mort.

La Biennale de Venise demeure un rendez-vous incontournable pour les amateurs d’art sensibles aussi bien aux expressions plastiques contemporaines qu’au charme indescriptible de cette ville hors du commun.

Charlotte Szmaragd

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