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De Nittis : une redécouverte…



Cette exposition qui s’est tenue au Petit Palais est terminée depuis le 16 janvier, mais V&D la garde en mémoire.

De Nittis est certes un artiste d’il y a deux siècles. Mais quelle modernité ! Jean Verrier nous le fait découvrir. Une invitation à la visite.

Et si, un beau matin, un peu comme on annonce la découverte d’une nouvelle étoile secrètement présente dans le ciel depuis des années-lumière, on vous annonçait la découverte d’un grand musicien contemporain de Mozart ou de Beethoven, ou d’un écrivain au style inimitable, contemporain de Balzac ou de Stendhal ? Un classique non classé en quelque sorte. C’est un peu ce qui m’est arrivé en visitant l’exposition consacrée à Guiseppe De Nittis au Petit-Palais.

La critique lui a trouvé une place du côté des Impressionnistes avec lesquels, c’est vrai, cet Italien a exposé. Né dans les Pouilles en 1846, à 21 ans il arrive à Paris qui devient sa ville d’élection. Il meurt jeune, à 38 ans. On trouve dans les catalogues le détail de sa vie, de ses compagnonnages, des influences qu’il a subies, mais c’est son originalité qui m’a étonné.

Oui, comme les Impressionnistes il est séduit par les fumées des chemins de fer, mais il place sa loco, qu’on distingue à peine, marquée d’un simple point rouge, au fond d’un vaste champ où disparaissent à moitié deux paysannes et la fumée tourbillonne et grossit en diagonale à travers tout le tableau jusqu’à sortir du cadre. Oui, à Londres, comme d’autres, il peint les Maisons du Parlement perdues dans la brume au soleil couchant, mais au premier plan il place trois fortes silhouettes penchées sur le parapet du pont. Oui, il peint des déjeuners au jardin, mais une place est vide au tout premier plan, serviette froissée, chaise déplacée : est-ce la place que vient de quitter le peintre … ou le photographe d’un instantané ?

La critique souligne sa vie et ses fréquentations mondaines, il peint le salon de la princesse Mathilde, un univers proustien, mais ses rues de Paris fréquentées par des personnages zoliens et ses tableaux sont appréciés par le romancier du Ventre de Paris. Pourquoi s’intéresse-t-il aux échafaudages des Tuileries après l’incendie de La Commune ? Sur deux toiles on voit émerger d’étranges architectures qui font penser aux premières photographies des gratte-ciels de New-York. Pratiquerait-il le plagiat par anticipation ?

Et quel autre de ses contemporains utilise le pastel comme il le fait ? qui sait comme lui accrocher l’œil, au milieu d’une grande toile « impressionniste », par l’éclat tranchant d’une vaisselle d’argent fait de trois ou quatre taches de blanc pur, ou juxtaposer le dessin le plus fin à de grands à-plats, ainsi cette vague qui explose en mille gouttelettes à côté de rochers traités comme à la va-vite ? Cela vient-il de la photo qui lui aurait appris à jouer de la profondeur de champ : mise au point sur un détail, et flou dans les lointains ? Pour moi, c’est du « jamais vu ». Du jamais vu à voir et à dire jusqu’au 16 janvier dans le bel espace du Petit-Palais

[Si vous voulez en voir plus, visionnez la vidéo de l’exposition|http://www.dailymotion.com/video/xfk7mn_giuseppe-de-nittis-y-la-modernite-elegante_creation#from=embed]


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