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Hans Mendler. En dialogue avec les mythes
Une exposition forte et sensuelle de peintures et sculptures, dans un écrin de pierres à Compiègne. De petits récits transformés en une matière vivante quasi expressionniste.
Pour sa troisième exposition à Compiègne [1], le peintre et sculpteur allemand Hans Mendler occupe tout l’espace d’un lieu artistique majeur de l’agglomération, l’espace Saint-Pierre-des-Minimes, qui fut un ancien prieuré roman du XIIe. Ce projet met en lumière la fascination de l’artiste pour l’existence des mythes au fil de l’Histoire, célébrant ainsi la rencontre entre l’art contemporain et le patrimoine spirituel. On ne peut qu’être captivé par une œuvre rassemblant trois types de création : une scénographie conçue par l’artiste lui-même, dont l’espace lui a inspiré des formes ; les nombreuses œuvres conçues pour partie récemment (34 toiles, dont 16 œuvres issues de la série Zodiaque, 8 sculptures en bois et 4 sculptures en bronze) ; et un remarquable catalogue. Ses sculptures, personnages réalisés en bois et en bronze, et ses peintures, notamment la série des Zodiaques, où vibrent par les couleurs des toiles et sculptures sur bois de taille humaine. L’artiste aime partager son approche sensuelle et débordante.
L’artiste s’est imprégné de l’élan de trans-avant-garde italienne des années 60 et 70, qui s’élevait contre la sècheresse d’un art dominant, et de l’art conceptuel. Il crée ainsi de l’émotion par les couleurs ou les formes, en retrouvant les références à l’histoire lointaine et aux mythes. Hans Mendler transforme le mythe en une matière vivante, notamment au travers de ses zodiaques. Il crée du mouvement à l’intérieur de ses pièces et en les reliant les unes aux autres ; il propose une immersion dans une œuvre vibrante toujours en cours [2].
Des œuvres
Quatre œuvres permettent d’entrer dans l’univers et le style de l’artiste.
Zodiaque I traduit le sens de la mise en scène des œuvres par Hans Mendler, marquée par une allure carrée, familière de bien des toiles, dans lequel s’inscrivent six œuvres harmonieusement composées :
• Galaxis, 2025, acrylique, 190 x 160, exprime la richesse des potentialités de l’univers dans toute sa diversité. Un ciel qui n’est pas noir, mais où s’inscrivent dans une profusion colorée étoiles et planètes dont une partie est symbolisée dans le zodiaque.
• Explosion, 2025, 70 x 160, est la continuité de la précédente et met l’accent sur la vision d’un univers en expansion, en donnant une origine aux faisceaux.
• Poisson, 2025,190 x 70, d’un format proche du précédent, mais présenté comme une œuvre verticale. L’artiste y exprime la dynamique du poisson en retenant les éclats de l’eau lorsqu’il saute.
• Poisson, 2025, 70 x 70, dans les tonalités noires et grises, ressemble à une tête stylisée d’un poisson.
• Cancer, 2025, 190 x 70 reprend les signes traditionnels avec ses pinces.
• Cancer, 2025, 70 x 70, est une griffure de l’animal symbolisé au centre d’un cadre blanc.
La symétrie verticale de l’ensemble, peint sur des bâches recyclées gardant leur caractère brut, contribue à son impact et invite à entrer dans le détail des couleurs.
Salto (2024). Généralement, Hans Medler sculpte ses morceaux de tronc d’arbre à partir de leur verticalité. Dans cette œuvre, il a posé un tronc de noyer à l’horizontale et fait émerger un corps dans son ensemble, lové et en tension sur lui-même, en conférant à la tête une taille considérable qui est taillée de manière cubiste avec de multiples facettes. Le bois n’est pas peint, mais laisse refléter ses veines finement polies. Avec les fissures de l’homme, Hans a saisi l’effort. Est-ce celui de l’artiste quand il affronte la matière ?
In love (2023). Cette statue en cerisier de 156 cm, disposée subtilement devant une grande toile diaphane (Tous les enfants dorment) se veut l’opposée de la précédente. Elle est une représentation de la tendresse d’une mère pour son fils. Il ne s’agit pas d’une vierge à l’enfant, mais d’une femme enserrant un adolescent, les deux goûtant un instant de bonheur. Un cœur dans la main confère une touche de dessin animé. Quelques éléments de couleur ont été apposés, noirs pour les cheveux, rouges pour les lèvres et le cœur. Cette œuvre reflète l’affection dont l’artiste entoure ses œuvres et fait écho à des toiles qui révèle son regard d’enfant : Danse des chèvres, Les chats dans le jardin, Danseurs, Jeune fille, S’Karpel ( un personnage de marionnette), Le pré, Arlequin et Arlequine, La sirène. Il s’en ressent l’humour et la naturelle joie de vivre d’Hans.
Mythe, 2024. 190 x 150, est une toile centrale dans l’exposition. Sur un fond très sombre, à l’instar des récits mythiques, trois personnages occupent l’espace dans des styles différents. Une femme, au visage blanc, doté d’un corps recouvert d’un tissu délicatement coloré, distribue la place des deux autres figures : une tête d’animal aux oreilles marquées, et une silhouette de visage, d’un temps ancestral, tel un masque africain. Les trois personnages sont reliés par une tresse colorée, telle une suite de fleurs. Dans l’œuvre d’Hans Mendler, le mythe se veut être un lien avec une source ancienne, qui prend forme chez des êtres vivants non humains, comme les animaux, mais qui concerne la femme ou l’homme d’aujourd’hui. L’artiste est un homme de liens entre pensée et émotions. Il y a du spirituel et une recherche des origines comme on le trouvait dans la Transavangarde.
Les mythes
Dans cette exposition « En dialogue avec les mythes », Hans Mendler ne s’appuie pas sur un mythe spécifique, mais il propose un dialogue au sens tranquille, sur les fondements de ce que sont ces petits textes.
Les mythes sont définis par le TLFi comme des « récits relatant des faits imaginaires non consignés par l’histoire, transmis par la tradition et mettant en scène des êtres représentant symboliquement des forces physiques, des généralités d’ordre philosophique, métaphysique ou social. » C’est au travers de ces faits imaginaires que l’artiste propose une conversation ardente, parfois rugueuse, entre le chaos et la forme, la pulsion et le souffle.
Les figures semblent surgir d’un combat avec la matière elle-même - non pas pour la dompter, mais pour l’écouter. La toile, le bois et la couleur dévoileraient ainsi leur propre mythologie ; et il faudrait en traduire la rumeur.
Hans Mendler n’est pas le premier à aborder ce sujet. Bien des artistes ont cherché la trace du mythe dans la modernité, tels Klee et ses œuvres magiques qui puisent dans une constellation d’influences entremêlées, Miró et ses créatures astrales, Rothko et ses portes de silence, Cy Twombly qui se nourrit des mythes gréco-romains, Gérard Garouste raconte des histoires dans une œuvre méditant les textes bibliques et ceux de la littérature universelle. Chacun, selon dans sa propre démarche, a tenté de marier le visible et l’invisible, d’insuffler une dimension sacrée dans l’espace profane de la peinture.
Hans Mendler ne crée pas de nouveaux mythes comme a pu le faire Christian Boltanski avec ses installations. Il ne nous invite pas non plus à interpréter les mythes anciens. Il nous incite plutôt à entrer dans ce qu’il a perçu, et à vivre ces mythes au travers de l’émotion dégagée par son œuvre.
Le mythe est une substance toujours vivante, à l’instar de personnages traversés de forces, de souffles, de signes, tel un archipel de mémoires. L’artiste ne peint pas des dieux, mais leur passage au milieu des femmes et des hommes. Il peint la trace qu’ils laissent dans la matière, dans nos yeux, dans le temps, dans le paysage et ses ciels habités de nuages.
Il n’est pas dans une quête du beau, mais dans celle du vrai, de l’authentique. Et ce vrai-là passe par la netteté des sculptures. À l’opposé, il s‘exprime dans la peinture par la tache, le geste rapide, par le tremblement du pinceau ou l’acrylique qui s’écoule pour envelopper un corps.
C’est pour cela que l’on peut aimer se tenir devant ces œuvres. Se confronter à elles, c’est se confronter à soi-même, et même imaginer les propres mythes de sa vie et du monde, dans sa violence et sa beauté.
Jean Deuzèmes
[1] Dans les expositions précédentes « la comédie humaine » (2022) et « Visages humains » (2018), il avait été possible d’apprécier le caractère sauvage de sa manière d’appliquer sa peinture à des portraits ou groupes humains et qui laissait transparaître une grande tendresse pour ses sujets.
[2] Hans Mendler n’a réalisé que six des figures du Zodiaque et se réserve pour en réaliser d’autres.














Messages
1. Hans Mendler. En dialogue avec les mythes , 24 février, 15:38, par Jean Verrier
Tes photos sont belles, chacune est un regard différent porté sur l’oeuvre qui nous échappe infiniment et à jamais. Ce regard enveloppe l’environnement : la courbe d’une arcade, une ombre, une fissure dans le mur...