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Hugo Verlinde. CROIX



Installation numérique dans le chœur de Saint-Merry, du 1er décembre 2011 au 1er janvier 2012. Entretien avec l’artiste

Une grande sculpture de 8m x 5m installée horizontalement dans le chœur de Saint-Merry, noire et blanche, le jour, et recevant des flux lumineux blancs et bleus, la nuit.

Quatre panneaux distincts entre lesquels un visiteur peut passer. Une croix conçue, globalement et par éléments, selon le principe du nombre d’or.
Une œuvre qui se transforme quand le visiteur passe et plonge dans la lumière. Déconstruite le jour, unifiée la nuit.

Elle fait coïncider Noël et Pâques. L’apparemment simple mêle la sophistication mathématique et numérique.

Une analyse et un entretien de V&D.

Consultez les horaires de mise en lumière.

« Le Ciel ne se trouve ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche,
le Ciel est exactement au centre de la poitrine de l’homme qui a la Foi. »(Savador Dali)

L’œuvre et le lieu

Hugo Verlinde, qui était intervenu lors de l’événement « Ciel » en 2010, a mis en place une œuvre à deux visages : elle relève de la sculpture, le jour, et de l’art numérique, la nuit. Cette œuvre a été construite avec l’aide de membres volontaires du CPHB, dans les caves de l’église.

Cette œuvre de grande dimension, 8m x 5m, a été conçue selon les proportions du nombre d’or, base de l’harmonie parfaite dans de nombreux arts. Les quatre ensembles de bois forment bien une croix, mais celle-ci est déconstruite et ouverte, chacun pouvant s’y déplacer jusqu’au centre. Ce petit univers matériel et symbolique est donc accessible à la présence humaine et invite immédiatement à la recherche du sens.

Placée à l’horizontale, à 45cm du sol, et centrée par rapport au chœur, elle résonne de toutes les composantes de l’architecture : damier de bois suspendu au-dessus du dallage baroque, les centres du carrelage et de l’œuvre se superposent. La croix est au pied d’une autre en plâtre datant du XIXe et la croisée du transept est très proche.

Cette œuvre reprend les formes architecturales de l’église entière et du chœur. Sa géométrie amplifie celle du lieu.

La lumière et le visiteur

La nuit, CROIX brille comme la gloire de bois doré du XVIIIe, disposée juste au-dessus, mais avec une qualité de lumière contemporaine.

En quelques mètres se côtoient donc des arts et des objets très différents. Les temps se superposent et tout est mis en écho visuel.

La croix reçoit des flux de pixels lumineux bleus et blancs, envoyés sur des petites plaques de bois peintes, elles-mêmes découpées sur le principe du nombre d’or, depuis des vidéos projecteurs et de savants ordinateurs. En s’approchant de l’œuvre, le visiteur côtoie donc des rideaux de lumière, définis par les limites matérielles de la sculpture.

Ces flux résultent d’un algorithme mathématique résidant en trois lignes d’écriture d’ordinateur, et dont il suffirait de changer un élément ou un terme pour produire un univers lumineux totalement différent. Ici, les flux sont toujours nouveaux et générés sur un mode aléatoire, l’expérience vécue par le visiteur est donc bien unique.

Détail important, comme il existe un capteur de présence, les flux dépendent de la place et des mouvements du spectateur. Celui-ci est ainsi solidaire de l’œuvre.

Une expérience singulière, des interprétations

En entrant dans le chœur, le visiteur est obligé de passer au travers de cette croix.

Le sens semble simple : la croix est au cœur du monde, et de l’univers du croyant ; en allant au centre de cette création pour Saint-Merry, le visiteur est invité à entrer dans cette dynamique visuelle et spirituelle.

La nuit, le visiteur va là où il y a du vide, du sombre, par rapport aux parties illuminées : une analogie, peut-être, au tombeau vide. Et quand il y est, les flux de pixels élémentaires, ralentissent jusqu’à laisser un voile stable de simples points blancs. Quand le visiteur quitte ce centre, les flux reprennent : il recrée un monde, il est au cœur d’un monde de lumières.

Par l’abondance de lumière, l’œuvre se situe bien dans le temps de Noël. Par l’objet artistique et le sujet, elle appartient au temps de Pâques.

Cette œuvre est bien une expérience. Mystique ? En tout cas, ouvrant à la méditation sur autre chose : les flux bleus et blancs sont de l’immatériel révélé par du matériel, du bois… le matériau de la croix.

Le visiteur est au centre de l’œuvre. Cette croix peut le révéler à lui-même.

L’exergue du site de l’artiste est emblématique.

Relier le corps à l’espace. Rendre l’infini intime

Site de l’artiste

Biographie

Entretien avec Hugo Verlinde

La géométrie est partout dans ton œuvre. Pourquoi le nombre d’or ? En quoi, sur le fond, ce nombre est-il si important pour toi ?

Avec CROIX je poursuis mon rêve géométrique. Cette œuvre fait suite à une autre installation qui se nomme Verticales : 8 verticales comme 8 fenêtres dans l’espace pour voir le soleil au moment de sa création. Installation générative et purement contemplative, je voulais amener le spectateur à découvrir les développements infinis de la naissance du soleil. À ce moment, le nombre d’or (que je dois à Dürer) s’est imposé pour la dynamique de ces verticales dans l’espace.

Ainsi CROIX est une œuvre qui prolonge Verticales, mais horizontalement ! Le symbole de la croix m’est apparu comme un symbole pur et atemporel de la création de toute chose. Davantage que l’attachement à une religion ou à une civilisation particulière, je l’envisage comme un signe, celui de la création du monde.

C’est en ce sens que je parle de rêve géométrique, les symboles géométriques sont en soi un langage. Le cercle dit quelque chose, le carré également, la croix a elle aussi une présence réellement singulière, comme le pentagone qui chez Dürer à une forte puissance d’évocation.

Le nombre d’or est, dans les arts, celui de la divine proportion ; ce qu’on exprime par : le petit est au grand ce que le grand est au tout. Le petit, c’est nous même. Le grand, c’est le corps du Christ. Le tout, la Croix et le mystère de la création. Résolvez l’équation, et vous tomberez sur ce chiffre : 1,618…

CROIX est bâtie sur cette proportion : le rapport entre la longueur et la largeur pour chacun des trois montants supérieurs est ce nombre d’or. Le grand montant, est dans cette proportion, mais au cube. L’œuvre se compose ensuite d’une multitude de plaques de bois qui sont des répliques en miniatures des montants principaux L/l = 1,618. Même la surface du vide au centre procède de ce calcul.

Avec cette œuvre, tu sembles avoir fait un pas nouveau dans ton œuvre, faite d’installations et de sculptures numériques. Lequel ?

Un pas nouveau… C’est une belle image. Le pas en question c’est celui du public dans l’œuvre !

Mes images sont porteuses d’espace et ma démarche est simple : je veux relier le corps à l’espace et rendre l’infini intime. Une manière de vivre cette idée c’était d’inviter le public à pénétrer au cœur du dispositif.

Dans mes premières esquisses, la croix était pleine comme un grand signe « Plus » (+). Mais progressivement s’est imposée une croix sur le nombre d’or avec un centre vide. Elle devait être vivante et ouverte au monde, au corps du spectateur. C’est pourquoi, elle réagit à la présence humaine. Un autre état du Ciel se dévoile alors.

À chaque visite, un corps humain devient le centre vivant de CROIX.

Cette œuvre a été conçue en fonction des dimensions de Saint-Merry et de son chœur. Peux-tu développer ton rapport spécifique au lieu ?

Courant octobre, quand le projet de CROIX était lancé pour de bon, nous avons parcouru l’église pour réfléchir au lieu idéal. Rapidement l’axe central de l’église semblait une évidence. Du transept, nous avons monté une marche pour pénétrer dans le chœur de l’église.

Et dans le chœur de l’église cette étrange inscription en forme de losange (encore un symbole géométrique !) qui rend hommage au fondateur de l’église au Xème siècle : Odo Falconarius.
Cette plaque de marbre en losange s‘est imposée comme le centre de la croix à venir. A partir de ce centre, les bras ont pris place et la proportion de la croix s’est définie : 8m par 5 m.

Fort heureusement, les vitraux de l’église située à 12m de hauteur étaient accessibles par une tour. J’ouvrais les vitraux pour placer un vidéo projecteur. Le faisceau de lumière plongeait idéalement vers la Croix. Sur le toit de l’église, en journée comme en soirée, je retrouvai avec un angle nouveau la place Beaubourg et la fontaine Stravinsky. Redécouverte des installations cinétiques de Niki de Saint Phalle et de Jean Tinguely.

Un bonheur… Je redescendais ensuite par la tour puis par l’escalier qui mène à la cave de l’église pour retrouver les membres de la paroisse, devenues à cette occasion les ouvriers de la Croix !

Une œuvre a toujours plusieurs sens. Quels sont ceux qui te sont apparus progressivement ?

Je voulais une croix vivante qui réagisse à la présence humaine, mais je ne savais pas encore de quelle manière elle pouvait réagir.

Une fois que tout était en place, je pouvais lancer la projection. Je reprenais mes images de soleil en explosion. Je les rendais plus agitées encore… J’imaginais le public autour de la pièce. J’imaginais les personnes qui rentreraient à l’intérieur de CROIX. Il fallait un point de rupture dans cette agitation permanente. Je voulais créer du silence par l’image…

Ainsi quand le visiteur arrive au centre, les flux s’arrêtent et une sorte de ciel étoilé très discret prend place, le firmament se dévoile. C’est un peu comme si l’on prenait du champ pour voir l’espace de très loin. On passe de l’intérieur d’un soleil tourmenté (comme dans Verticales) à une vue d’ensemble, apaisée : une croix immobile.

La croix en mouvement, c’est la vie habituelle, celle qui nous place en permanence dans le tumulte du monde. La croix fixe, c’est un chemin plus personnel et plus silencieux qui s’ouvre enfin. Dans ce silence, les étoiles lointaines sont présentes et semblent à portée de main… Une invitation à se fixer un cap.

Étrange sensation que de repartir en soirée dans la rue Saint-Martin avec le souvenir de ces étoiles sur une croix immobile.

Une théologie du nombre d’or est-elle concevable ? Cela t’intéresse-t-il d’ailleurs ?

Oui, mais sans abuser des délices de la construction théorique, et surtout sans oublier nos sens. Théologie… Theos – Logos, le langage du divin. Le divin peut se manifester sous la forme de sons, de formes et de couleurs.

Il ne s’agit pas d’un langage articulé qui ferait appel à notre seul intellect. C’est un langage prenant la forme de symboles vivants et faisant appel à notre intuition. Il faut un regard d’enfant pour pouvoir le saisir.

En attendant la mise en ligne d’un meilleur film :

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UNE VARIANTE DE CROIX

Une variante élaborée en cours de projet

En cours d’exposition, Hugo Verlinde a souhaité que son œuvre soit plus visible de loin, c’est-à-dire depuis la grande porte ouverte sur la rue Saint-Martin. Aussi a-t-il rallongé les pieds pour donner une inclinaison : l’axe visuel de cette variante passe par le centre de la Gloire, un chef d’œuvre en bois doré des Frères Slodtz (1753). Tout est toujours calculé chez cet artiste !

Lorsque le visiteur traverse, son cœur se trouve alors au centre de la sculpture. Un autre sens a ainsi été donné au rapport homme/œuvre…


Équipe de réalisation de l’œuvre :

Hugo Verlinde et…

Marie-José Ledru

Marie-Thérèse Joudiou

Colette Chaduc

Jacques Mérienne

Denise et Bernard Sadier

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