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Iran, année 38



Arles 2017. Bouillonnement artistique pour la photo en Iran. La révolution islamique, le poids de la guerre et des contrôles religieux n’altèrent pas cette poésie visuelle.

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Babak Kazemi

La poésie iranienne est connue depuis des siècles. Avec ses moyens propres, elle exprime tout ce qui ne peut être dit frontalement, elle réverbère les interrogations sur soi, elle mêle les strates du temps. Ce n’est pas un hasard si la photographie en Iran compte autant d’artistes, car cette la forme moderne de la poésie s’est imposée, depuis la révolution islamique il y a 38 ans. Elle est le domaine des stratégies d’esquive de la censure, tout en gardant un pied dans le photojournalisme.

Les deux commissaires femmes, Anahita Ghabaian Etehadieh et Newsha Tavakolian, ont rassemblé les œuvres de 66 artistes, dans une exposition-fleuve à l’église Sainte-Anne. Pour relever le défi d’une scénographie devant tout couvrir, elles ont regroupé les travaux en sept sections au titre explicite : Ce que nous devons être / Qui sommes-nous ? / Torpeur / La guerre, du front au salon / Mettre en scène la réalité / Crise environnementale / Le cinéma poète.

Voir et Dire a choisi de présenter quelques clichés et vous invite à découvrir les sites des artistes et le portfolio.

Kaveh Kazemi (1952). Révolution, 12 février 1979.

Kaveh Kazemi Ce photojournaliste couvre depuis près de quarante ans les évènements de son pays, mais aussi des différents pays en guerre, dans la région et au-delà. Ses clichés ont été acquis par la presse internationale pour leur force immédiate. Un jour après la victoire de la révolution, alors que les forces ont envahi l’université, une femme en tchador brandit un HKQ3 et lève la main, à la fois comme un geste de défi et d’arrêt. Déterminée, elle occupe toute la photo sans que l’on puisse voir son visage et cache toute perspective. Un symbole fort.

Gohar Dashti (1980). Série « La vie moderne et la guerre », 2008.

Gohar Dashti Cette série interroge ici la guerre, son héritage et ses effets sur la société contemporaine. Formée à l’anthropologie et à la sociologie, cette artiste aborde toutes les questions sous une forme très sensible, avec des mises en scène puissantes. Elle mêle deux registres dissonants : une scène de couple de la vie ordinaire regardant la télé et un abri de combat comme cadre. Un panneau métallique aux couleurs de l’Iran donne une touche colorée à cette étrange composition exprimant le mental de bien des Iraniens.

Sasan Moayyedi& Shadi Ghadirian (1974)

 Sasan Moayyedi & Shadi GhadirianMontage entre l’œuvre d’un photojournaliste –Téhéran, Narmak, Série guerre (1990) – et celle d’une artiste – Nil Nil (2006)– qui met la question de la femme au cœur de ses travaux.
Au centre, pour le premier, sur un grand papier peint, le retour des prisonniers iraniens non comptabilisés par l’ONU et les retrouvailles avec leur famille sans nouvelles d’eux. De part et d’autre, pour la seconde, en petits formats, deux symboles du retour : les chaussures de la femme élégante et les godasses du soldat, et la table mise avec couteau de combat et couverts ordinaires.

Shadi Ghadirian (1974)Qajar (1996).

Shadi GhadirianL’artiste trouve des similarités entre l’époque islamique actuelle et la dynastie Kadjar (1786-1925), avec subtilité elle parle du poids de la tradition et des interdits en juxtaposant deux scènes. Dans l’une, elle fait poser deux femmes dans les habits anciens, mais l’une porte un casque de moto sur une bicyclette dont l’usage est toujours interdit pour elle. Dans l’autre petit cliché qui a tous les traits du début du siècle dernier, la femme tient une canette de Pepsi.
La couleur sépia brouille les temps de la photo.

Newsha Tavakolian (1981). Série Regard (2012-2013).

Newsha Tavakolian « Ce projet est né de mon désir de regarder la vie de ceux qui m’entouraient, que je connaissais depuis dix ans et qui vivaient dans mon immeuble. Je voulais incarner l’histoire de ces jeunes de la classe moyenne qui combattent tous les jours le conformisme et l’isolement de leur société, leur manque de confiance en l’avenir. Pendant six mois, tous les soirs à 20 heures j’ai fixé mon appareil sur un trépied devant ma fenêtre. J’ai essayé de capturer un instant de la vie de chacun. »

Une grande photo sur papier peint, les immeubles dans leur frontalité la plus dure, et une simple fente entre deux façades pour signifier un avenir possible. Accrochées à la place de certaines fenêtres des photos ou des vidéos d’un quotidien dépressif.

Abbas Attar (1944). Sans titre.

Abbas AttarUn portrait du réalisateur Abbas Kiarostami sur les collines qui entourent Téhéran où a été tourné son film "Le Goût de la cerise", Palme d’or en 1997. Il glisse un œil par une porte donnant sur le vide.

Abbas Kiarostami (1940-2016)Série Snow White (1978-2004).

Abbas Kiarostami La poésie des arbres surgissant d’une neige immaculée. Une symbolique ouverte à toutes les interprétations.

Jean Deuzèmes.

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