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Julie Legrand. Rue de la Verrerie



Des installations de verre pour transformer Saint-Merry. De la perle au monumental. La beauté et l’esprit. La délicatesse comme langage. Exposition d’été 2019

Avec son humour, son amour pour l’hybridation du verre et d’autres matériaux, son sens des espaces à transformer par des œuvres réalisées in situ, Julie Legrand entre dans cette église du XVIe par la porte située 76 rue de la Verrerie…
Elle propose six installations très différentes dont la beauté fascine et qui entrent en résonnance avec des espaces spécifiques de l’église, de la chapelle sombre au bas-côté ensoleillé. Une fois de plus, l’artiste se joue d’un lieu et des échelles en y plaçant des œuvres délicates.

Si elle ne dit rien de ses convictions religieuses, elle exprime une pensée visuelle sur de multiples sujets qui trouvent, ici, parfaitement leur place : l’hommage artistique au XVIe, l’affirmation du vivre ensemble au XXIe, les images secrètes enfouies en chacun, la conversation possible avec le spirituel, etc.
Elle décline la beauté en plusieurs composantes et invite chacun à aller ailleurs, à partir de sa culture et de sa propre spiritualité.
La beauté du verre s’exprime sans être vitrail.

L’exposition magnifique d’une des grandes plasticiennes françaises du verre dure jusqu’au 8 septembre 2019.

Vernissage le mercredi 10 juillet à partir de 18h

Alors que la moitié des œuvres ont été fabriquées in situ ou pour Saint-Merry, l’architecture du lieu donne d’autres clefs de lecture aux trois compositions faites antérieurement (Assemblée, Renaissance, Icône aux éclats).
Si l’artiste ne cache pas que ses démarches sont plutôt instinctives, elle utilise techniquement toutes les potentialités du verre soufflé, filé, récupéré, pour s’inscrire dans un lieu ou répondre à des commandes et pour créer des symboliques subtiles. Ses créations ne cherchent pas à imposer un message ou une dimension décorative, mais invitent à voir autrement la réalité : c’est la force de l’œuvre de Julie Legrand.

Assemblée

Cette installation monumentale, qui a déjà été présentée dans d’autres manifestations culturelles, est amenée à se mesurer, ici, à un chef d’œuvre en arrière-plan, les Disciples d’Emmaüs [1] de Charles Coypel (1749), et surtout aux deux imposantes colonnes qui impriment le sens de l’élévation.

Julie Legrand, Assemblée, Exposition d’été à Saint-Merry 2019 from Voir & Dire on Vimeo.

La réussite de ce pari esthétique séduisant repose sur l’harmonie entre des éléments a priori dissemblables. Les verres de récupération achetés dans les vide-greniers, brocantes, grandes surfaces, dont la découverte tient du jeu [2], sont collés dans des équilibres qui semblent précaires.
Le plus important réside dans le sens voulu par l’artiste qui s’impose progressivement à l’observation. Ces verres sont assemblés. Ils viennent de partout, certains récupérés après avoir été rejetés, ils sont de toutes les formes, de toutes les couleurs. Ils tiennent pourtant ensemble, à l’image du désir de vivre ensemble. Ils forment une assemblée.

Souffle

Dans une église, le terme de souffle est habituel puisqu’il évoque l’Esprit Saint. En art, il est difficile de le représenter sauf de manière conventionnelle, la colombe ou des traits sortant d’une bouche.
« Souffle » est une œuvre où le verre est travaillé et soufflé in situ et dans laquelle Julie Legrand laisse échapper de longues bulles transparentes des murs de la chapelle de Communion. Ce sont les enveloppes du propre souffle de l’artiste qui prennent de multiples formes, vivantes et dynamiques. Comme des bulles de savon, poussée par on ne sait quelle vie à l’intérieur des pierres, elles sortent avec gaîté des nombreuses stigmates et anfractuosités des murs et piliers de l’église. L’artiste redouble ainsi les effets baroques de la chapelle de Communion de Boffrand (1743), où volent les anges, à côté de représentations de l’Esprit par des artistes du XVIIIe et du XXIe siècle.
Julie Legrand souffle là où elle veut.

Icône aux éclats

Cette œuvre, composée d’une taloche de maçon, d’une éponge et de verre filé se terminant en gouttes de verre rouge carmin, est significative du changement de sens proposé par l’artiste dans ses expositions. Voulant initialement faire un cadeau à une personne dont le nom contient les termes Maison et Rouge, Julie Legrand a cherché à traduire une puissance irradiante qui déjoue la gravité. La diffusion énergétique que le visiteur ressent est portée par des images ancrées dans les représentations religieuses tout autant que profanes, depuis les images du Christ triomphant ou en majesté, de la Vierge en gloire ou d’archanges en mouvement jusqu’à la bande dessinée avec ses héros. Ici, humain et spirituel sont rassemblés. Le titre est une référence justifiée à la forme [3].

Renaissance

L’assemblage d’un vase, d’une pierre et de verre filé est proche en esprit du précédent. Il témoigne du sens de l’hybridation de l’artiste, qui marie aisément le bois, le fer, le verre, mais aussi de sa capacité à accentuer le sens d’une œuvre lors d’un in situ. Déposé sur un autel néo byzantin du XIXe, le verre de couleur ambre du vase traverse la pierre et monte en bulles ambrées de verre soufflées par l’artiste. À l’image de son souffle.
De renaissance à transfiguration, le glissement sémantique trouve sa place dans une église. Il est ici visuel.

Les deux couronnes

Julie Legrand utilise ses chalumeaux pour mener ses recherches formelles, ici à partir de la forme géométrique élémentaire qu’est le cercle.
Les deux couronnes qu’elle a conçues pour l’exposition de Saint-Merry sont d’une grande complexité, utilisent des propriétés du verre différentes et jouent avec le in situ.

Couronne

Conçu en hommage à Jean Chastelain, le maître-verrier qui a réalisé les vitraux de Saint-Merry (vers 1540), cet objet en verre filé est composé de multiples petits éléments tressés, in fine sur le socle, telles des branches d’épineux . Les couleurs de chacun ont été choisies parmi celles des vitraux du XVIe que l’on aperçoit depuis le socle de l’œuvre. Les bleus fragiles ont été obtenus après recuits de nombreuses fois expérimentés.

Couronne d’épines

Cet objet d’un seul tenant en verre filé se terminant en gouttes de verre transparentes ou rouges, évoquant naturellement le sang, a été déposé dans un espace sombre, la chapelle de la Vierge aux vitraux comportant des taches rouges.
Présentée comme un reliquaire sous sa cloche, Couronne d’épines peut évoquer à certains ce texte : « Sois sans aucune crainte pour ce que tu vas souffrir. […] Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie. » Apocalypse 2-10

Arbre de vie

L’arbre de vie est un sujet classique en art, car c’est une représentation du vivant et des quatre éléments. Les Bernardins lui ont consacré une exposition entière (Lire analyse de Voir et Dire >>> ) et l’œuvre poétique de Julie Legrand aurait pu y figurer tant elle exprime l’énergie vitale. Mais ici, il n’y a ni tronc ni racine. Uniquement une hybridation, comme l’artiste aime à les faire entre pierre (sous la terre et les racines) et verre filé se terminant en petites baies rouges, des gouttes de sang comme dans Couronne d’épine. Une délicate plante sauvage, énigmatique et minérale.

L’accrochage de l’artiste est ici central en raison de :
-  la dynamique interne. Les branches s’élèvent vers les voûtes, le verre aurait une vie issue des murs (comme dans « Souffle »), passant au travers de la pierre , matrice terrestre.
-  la symétrie architecturale avec « Icône aux éclats ». L’énergie est la même, mais alors que les verres filés rayonnent en rouge, l’arbre buissonne tel un élément de nature.

« Rue de la Verrerie » est une grande exposition qui trouve sa juste place dans l’hyper-centre de Paris et exprime l’intelligence de l’artiste-artisan à se saisir avec délicatesse des caractéristiques d’un lieu et de son esprit.
Jean Deuzèmes

Contact avec l’artiste : julielegrand75@gmail.com

Plan de localisation des sept œuvres
Brefs commentaires sur les sept œuvres de Julie Legrand

Si vous souhaitez acquérir l’une des œuvres contactez : julielegrand75@gmail.com
Une partie de la somme sera alors versée à Saint-Merry pour l’organisation des expositions.

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76 rue de la Verrerie, 75004 Paris
10 juillet - 8 septembre 2019
Mardi-samedi de 13h à 19h30
Nocturne les mercredi et jeudi jusqu’à 22h

à partir du lundi 2 septembre nouveaux horaires :
lundi à vendredi de 15h à 19h ;
le samedi matin et l’après-midi de 14h30 à 18h30 suivi de la messe de samedi soir.
Plus de nocturne


[1La présence de ce tableau renvoie fortuitement à l’exposition précédente, puisque c’est dans un atelier d’Emmaüs de Cahors qu’elle a conçue bien des colonnes.

[2Des verres ordinaires de collectivité, à whisky ou à liqueur, des flutes à champagne, des coupes à fruits, à glace, des cendriers, des bougeoirs, des vases de grand-mère, des bouteilles de vin ou d’alcool, des abat-jours, des opalines de lampe, des pièces d’artisan, un flotteur de filet de pèche, un petit aquarium, etc.

[3Thomas Tronel-Gauthier avait aussi utilisé la truelle comme élément de référence dans le champ religieux, une nativité. Lire Voir et Dire https://www.voir-et-dire.net/?Thomas-Tronel-Gauthier-Matiere-d

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