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Lost in Paradise. Cinq artistes questionnent le spirituel



Du 14 au 25 novembre 2012, au Loft Sévigné. Ce fut un OVNI dans le monde des galeries.

Idris KhanNeuf jours seulement pour découvrir une petite exposition magnifique par son thème, « Du spirituel dans l’art actuel », et son cadre. Le rassemblement d’une vingtaine d’œuvres de cinq artistes qui ont la particularité d’être particulièrement sensibles aux violences du monde soit qu’ils appartiennent à une minorité religieuse soit qu’ils aient émigré en Occident et portent en eux les questionnements de leur religion d’origine.
Reza Aramesh (Iran/Royaume-Uni), Shezad Dawood (Pakistan/Royaume-Uni), Idris Khan (Pakistan/Royaume-Uni), Ariandhitya Pramuhendra (Indonésie), Michal Rovner (Israël/Etats-Unis).


Shezad Dawood {JPEG}Faute de leur trouver un dénominateur commun, les organisateurs ont choisi pour sous-titre de cette splendide et ambitieuse exposition « Du spirituel dans l’art actuel ». Mais ces œuvres traitent surtout des liens très personnels que cinq artistes entretiennent avec leur /la religion ou de la manière dont le spirituel prend forme dans leur œuvre. Les commissaires ont cherché à généraliser, or tout est spécifique.

Reza ArameshReza Aramesh (Iran/Royaume-Uni) reprend des scènes de violence de conflits vues dans les magazines des années 60 et 90, ici , dans l’exposition, la répression algérienne en France. Il demande à des acteurs ou à des anonymes d’aujourd’hui de se mettre dans la position des personnes photographiées à l’époque, mais en décontextualisant la scène : les acteurs-hommes sont parfois dévêtus à mi corps et photographiés dans des salles du Musée Rodin principalement. Ces grandes photos très marquantes rappellent immédiatement les peintures et sculptures religieuses du XVIIe, Christ aux outrages, martyres de saint Sébastien et bien d’autres. Cette approche ouvre à un questionnement de type spirituel sur la réalité des conflits contemporains et sur la permanence des représentations de type religieux par les artistes ; les archétypes figuratifs occidentaux anciens retrouvent alors leur force grâce à un iranien contemporain.

Idris KhanIdris Khan (Pakistan/Royaume-Uni) propose une œuvre multiple qui se nourrit de sa formation musulmane dans les écoles coraniques du Pakistan qu’il a fui. L’apprentissage par cœur des sourates du Coran sans les comprendre est ici fortement traduit par un procédé photographique très spécifique et mystérieux qui consiste à superposer à l’infini des vers de Milton, Paradise Lost. Organisés diversement dans des montages photographiques ou une sculpture, ils deviennent illisibles, aussi incompréhensible que dans le souvenir d’enfance de l’artiste. Mais l’artiste adulte a totalement structuré : la rigueur extrême de la composition pour dire la confusion des origines ! Il propose notamment une corbeille évoquant celles du pèlerinage à la Mecque qui servent à ramasser les pierres lancées par les pèlerins contre le démon, lors du rituel des stèles de Jamarat. Le lien entre le poème sur le mal originel est très fort : dans le vortex de la sculpture semblant ouvert vers les profondeurs de la terre glissent les versets de la sourate semblant intimement mêlés à des vers de Milton. Poésie de l’occident et rituel de l’orient se rencontrent.

Shezad DawoodShezad Dawood (Pakistan/Royaume-Uni) utilise le néon, cette lumière figure de l’immatériel, et le perroquet, image de la pensée philosophique ouvrant sur le divin, pour dire les allégories soufies de la spiritualité. Par ailleurs, c’est dans une œuvre déjà connue qu’il exprime le conflit des cultures : un néon dont les tubes écrivent en arabe le nom d’Allah est pris dans ce qui peut rappeler les fils de fer de Guantanamo et qui est en réalité un buisson, non pas ardent, mais fait de végétaux piquants des déserts de Californie ! Ici le spirituel est ouvertement piégé par le politique et les discours américains. Le court-circuit de sens est très fort.

Ariandhitya PramuhendraAriandhitya Pramuhendra (Indonésie) est catholique minoritaire d’origine indonésienne. Avec une technique parfaitement maîtrisée, il dessine de grandes figures au fusain noir, mat. Les questions sous-jacentes sont fortes et portent sur la compatibilité science et religion. Par exemple ce chirurgien lisant la Bible avant une intervention. Le spectateur est témoin de ce geste des profondeurs et des inquiétudes humaines qu’il exprime. Qui va sauver le patient ? Quelle est l’assurance de la science pour traiter de la vie humaine ? D’autres figures comme cet évêque aux yeux bandés ou le titre « Préparation pour la dissection de Matthieu » ne laissent pas indifférents.

Michal Rovner (Israël/Etats-Unis) dont les petites œuvres vidéo sont bien connues sont ici étonnamment peu politiques. L’artiste représente l’humanité marchante sur des pierres, ou sur un livre dont les pages sont blanches. Les petites figurines humaines colorées ont remplacé les lettres, l’humanité est une phrase, un texte mobile. Un prodige que l’on apprécie toujours !

Ce qui constitue le point commun de l’exposition c’est en fait le spectateur qui entre immédiatement en contemplation, saisi par l’émotion.
Alors faute de mieux, le sous-titre n’est pas si mal choisi !!!
Mais pourquoi neuf jours d’exposition seulement ?


Loft Sévigné

46 rue de Sévigné, 75003 Paris
Du lundi au samedi de 9h à 20h.

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