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Louise Bourgeois. Extrême tension



L’artiste du mois de décembre : en hommage à une grande artiste. Actuellement au Centre Pompidou

Traversant divers mouvements artistiques comme le surréalisme, l’expressionnisme abstrait, le minimalisme, elle a su développer un langage personnel où les questions sexuelles et autobiographiques occupent une place centrale. Le Centre Pompidou, dans l’accrochage elles@centrepompidou, lui rend hommage en exposant sa dernière œuvre graphique, Extrême tension.

Réalisé en 2007, Extrême tension se présente comme un grand dispositif composé de onze panneaux de formats différents, associant des estampes rehaussées de peinture et de grandes feuilles de papier sur lesquelles figurent des mots et des phrases écrits en anglais par la main tremblante de l’artiste, alors âgée de 95 ans.

La série reprend les thèmes chers à l’artiste, le corps et l’inconscient, s’exprimant avec grâce et brutalité dans une expression formelle sensible et épurée. Bourgeois nous donne à voir un cycle, celui de la pulsion de vie, au travers de son propre corps dont elle détaille les parties symboliques.

Dans le premier panneau, est figurée l’empreinte rouge de ses bras tendus verticalement vers le ciel, encadrant le titre de l’œuvre, écrit en lettres majuscules. Les panneaux suivants livrent d’autres fragments du corps et autant de sensations physiques illustrées par de fins dessins d’organes qui oscillent entre figuration et abstraction. L’ensemble décrit un processus d’angoisse menant à la mort, celui de « L’odeur de l’animal traqué », entouré de traces de doigts sur quatre colonnes.

La représentation de la main rythme le cycle. Les mains rouges du premier panneau réapparaissent sur le septième, mais ici elles ont glissé vers le bas de la feuille, en y laissant des traces : cependant elles s’agrippent toujours au papier – c’est-à-dire à la vie. La main peut fonctionner comme le signe du destin. C’est elle qui tient le crayon, qui indique le chemin, qui attrape et qui lâche ; elle emprisonne les mots délivrés comme des cris intérieurs. Les traces de doigts, d’un rouge passé, s’apparentent aux marques laissées par un captif enfermé dans la feuille de papier. La légèreté du médium graphique et l’économie de moyens dont use l’artiste atténuent la pesanteur du drame et donnent à l’ensemble une fluidité organique.

Si l’on définit plus volontiers Louise Bourgeois comme un sculpteur, le dessin a toujours eu une place importante dans son travail, en tant que véhicule direct et immédiat de l’expression de ses fantasmes, de ses pensées visuelles et obsessionnelles – ses « pensées-plumes ». À partir du milieu des années 1990, elle commence à constituer des ensembles cohérents de dessins – le premier en date étant Dessins d’insomnie (1994-1995) – qu’elle conçoit comme des mises en espace. Aussi bien dans l’accrochage, véritable livre mural, que dans les compositions des panneaux, jouant le contraste des vides et des formes, elle crée des espaces clos, des cellules qui évoquent ses installations – les Cells. Un va-et-vient complémentaire et incessant de l’image à la matière s’opère dans toute son œuvre, la métamorphose étant un des principes essentiels de son activité créatrice.

Extrême tension sera son dernier, son extrême refuge dans lequel le modeste exercice graphique prendra tout son sens.

Charlotte Szmaragd

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Ce portrait anatomique et désenchanté résonne comme un autoportrait où Louise Bourgeois délivre une fois de plus ses souvenirs et ses douleurs personnelles mais surtout son profond attachement à la vie.

Texte des différents dessins traduits en anglais

« Mon cuir chevelu
front
oreilles
la base du crâne
derrière le cou
le dos entre les omoplates
la base des côtes
plexus solaire
l’estomac
l’œsophage
la gorge
les intestins
le rectum
les jambes
cuisses
chevilles
doigts de pied
les os du pelvis
les articulations
les bras
les avant-bras
mains
doigts
les douleurs et les crampes
la respiration
les palpitations
les bouffées de chaleur
la transpiration
extrême extrême tension
l’odeur de l’animal traqué ».

Louise Bourgeois, Extrême tension (2007)
A voir au Centre Pompidou dans l’exposition elles@centrepompidou.

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