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Luca Francesconi. Immagine Semplice



Une installation diaphane et intrigante en forme d’haïku à la Galerie Saint Séverin, du 4 octobre au 12 décembre 2012.

Deux voiles, un livre, une coquille, une belle mise en scène qui joue sur les symboles. Cette installation-tableau revisite d’une manière épurée de grands sujets de la peinture : l’interaction homme nature, le suaire, la mémoire.

Le jeune artiste turinois, Luca Francesconi, est à l’opposé de la tonitruance d’autres courants artistiques contemporains. Son œuvre intrigue le regard.

Il occupe l’espace de la galerie avec presque rien, comme un haïku japonais visuel.

L’installation épurée attire le regard. Tout l’espace est bien organisé, chaque chose semble occuper une juste place et équilibre les autres : les murs sont blancs, les deux trames de tissu aussi, à leur pied un livre rouge fermé dont l’auteur serait l’artiste, une coquille (et il y en a deux autres, paraît-il, derrière les trames). Les trames sont verticales, tels des humains, et, à la place de la tête, une sorte de froissement du tissu ou une étrange souillure. Rien n’est évident et tout semble lié à un sens caché. L’émotion est contenue, d’où vient-elle ?

La présentation du commissaire est ici nécessaire.

Une étoffe de soie, tachée, est la seule présence dans l’espace offerte au regard du visiteur. Les taches ont été réalisées en posant directement sur l’étoffe un silure, poisson d’eau douce connu pour sa grande taille et sa longue vie. La tache, comme extraite du dos du silure, est une métaphore de l’histoire du fleuve, un négatif de l’environnement de l’artiste, transposé dans une zone urbaine. Il s’agit également d’une tentative de l’artiste de montrer que la raison ne peut pas tout expliquer.

Une simple image, mais surtout un objet riche en symboles. Inspirée de la notion d’image acheiropoïète (non faite de main d’homme, d’origine miraculeuse), l’installation inédite Immagine Semplice remet à l’ordre du jour l’iconographie du suaire.

Le jeune artiste italien Luca Francesconi travaille à partir de la nature, à la fois comme source d’inspiration et comme medium. Il s’intéresse plus particulièrement à l’interaction entre homme et nature, avec des sculptures arrangées sous forme d’installations, ciselées comme des haïkus. Chaque nouvelle œuvre s’apparente à une quête spirituelle, prolongement d’une réflexion sans cesse renouvelée sur l’espace et le temps.

Ici, il importe symboliquement dans la vitrine de la galerie les trouvailles faites dans son environnement proche, prélevées en partie dans le lit du fleuve Pô. A la fois rudimentaire et délicat, l’assemblage exposé ici représente pour l’artiste les traces d’un passé immémorial, dont chaque homme porte l’empreinte en lui. Daria de Beauvais

L’œuvre se lit comme une courte nouvelle à clefs, elle est truffée d’indices en correspondance.

Elle a été conçue pour la Nuit Blanche 2012 de Paris, qui, pour son dixième anniversaire, déclinait comme thème, la Seine, la fluidité, le mouvement. Or l’artiste est de Turin, où coule le Pô : ce fleuve est évoqué par les deux traces laissées par des poissons vivants. De traces il est encore question : l’œuvre qui demeure dans la Galerie est elle-même une trace de cette Nuit mais plus encore de bien d’autres symboles qui courent dans l’histoire de la peinture.
Ainsi, Turin est le lieu où est conservé le Saint Suaire, tissu mystérieux et à l’origine controversée ; à Paris, les deux bandes ne sont pas en lin mais en soie, peut-être d’Italie ou du Japon.

Tout est blanc comme le linceul du Tombeau vide, le coquillage aussi. Il a été trouvé dans le Pô ; l’ancienne demeure d’un animal mort est réduite à sa trace de calcaire.

Les traces sur les toiles ont été produites par des poissons, des silures bien vivants et non morts ; le poisson était le symbole des premiers chrétiens, celui que l’on peignait dans les catacombes.

Toute l’installation renvoie à la nature, alors qu’on est en ville, à un temps indéterminé, se laissant deviné par ces traces.

L’installation est séculière pourrait-on dire, mais ses composantes renvoient discrètement à du religieux et à du culturel.

Le livre, semblant sortir d’une savante bibliothèque, ressemble à un cartel, il est posé à l’horizontal ; sur la page de couverture de cuir rouge le nom de l’artiste et un titre énigmatique lié à l’agriculture "sowing calendar" (calendrier des semis). Or cet ouvrage est fermé et de la rue on ne peut l’ouvrir ! Le sens est caché, enfoui ; on se plaît à imaginer qu’il est glissé entre des pages peut-être écrites, peut-être blanches…

« Immagine Semplice », une « image simple », finalement pas tant que cela…
mais excitante pour l’esprit, sans nul doute. Un haïku.

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