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Michel Blazy. Bouquet final.



Les bulles comme matière artistique : une étonnante installation faite de mousse, d’odeur et de chuchotement jusqu’au 15 juillet 2012 au Collège des Bernardins.

Michel Blazy utilise les matériaux humbles que l’on trouve dans les cuisines, dans les salles de bains. Après les petites sculptures de peaux de citrons ou d’orange se transformant en jardin zen de moisissures le temps d’une exposition, il investit la matière du bain moussant, en fait un mur se transformant lentement comme le bouquet final d’un feu d’artifice filmé en vitesse lente.

Une exposition ludique, une fable sur la vie que l’on ne voit pas, sur l’écoulement lent du temps. Le regard d’un étrange jardinier des temps actuels.


Dans la sacristie des Bernardins, un léger chuchotement qui emplit l’espace et une odeur qui vous rappelle quelque chose enveloppent un mur de mousse blanche, sur un fond de pierre du XIVe.

Le spectacle est étrange. L’ « agent de médiation » est dans l’échafaudage servant de support à l’œuvre ; elle alimente les bacs en liquide de bain moussant (odeur lavande, premier prix dans le commerce), repousse la mousse à la main pour que la matière s’oriente bien, comme des géraniums en suspension.

Au sol la mousse s’étale, se prélasse et fait éclater ses bulles lentement. Du haut en bas, une séquence de la vie organique, sans parole, sans pensée, qui naît et meurt sous vos yeux, sans drame, dans la discrète drôlerie. Un débordement maîtrisé par la technique de l’artiste.

Le système est simple. Des bacs superposés sont remplis de ce mélange eau + liquide moussant et sont traversés par des diffuseurs d’air d’aquarium, d’où les chuchotements. La mousse se forme, à la bonne vitesse, et se déverse très lentement, compacte.

Michel Blazy a le regard du jardinier pour sa terre, il sait ce qu’il y a dessous et connaît les transformations qui la traversent. Il observe, il donne à voir des choses ordinaires, avec son regard de poète plein d’humour. Ces choses sont sous nos yeux et nous ne les voyons pas. L’intervention de l’artiste consiste à pénétrer dans la chimie et la physique des éléments, à la révéler par des techniques simples. Il y a du Pierre Étaix chez lui. Pour les Bernardins, il a croisé un aquarium et une baignoire ! Du bain moussant dans lequel on plonge, mais qui, chez soi, peut aussi déborder et provoquer la panique, il fait un velum plein de tendresse, une sorte de grand animal. Comme avec les nuages, vous pouvez tout y voir : une tenture, des formes humaines, un monochrome blanc…

Ici la performance n’est pas faite par l’homme, mais par la matière. Comme avec ses œuvres sur la moisissure, l’artiste constate ce qu’il a contribué à engendrer.

« Lorsque j’arrête ma manipulation, tout commence à vivre et c’est justement ce qui m’intéresse : le rapport entre le geste du départ et les implications que cela entraîne par une série de réactions en chaîne et sans connaître le résultat. »

L’art de Michel Blazy est une réflexion sur la matière et ses transformations. L’artiste est un magicien qui nous fait accéder immédiatement au subterfuge pour nous laisser entrer de plain pied dans cette matière du quotidien et dans ses potentialités. Michel Blazy est un créateur au sens de la Genèse : il part de la terre et crée un sens. Chaque jour, elle naît. Chaque nuit, elle meurt. Et dans la journée, il faut des mains pour l’entretenir.

L’art de Michel Blazy est une réflexion sur le temps et non une critique de la vitesse. L’œuvre se déploie sous nos yeux, elle n’est jamais finie. Si nous sommes trop familiers de l’immédiateté, de la production d’images consommées immédiatement, ici l’étrangeté de l’œuvre nous arrête. La beauté des interventions nous met au rythme de l’œuvre. Les bulles qui éclatent pourraient la classer parmi les Vanités mélancoliques, mais c’est le ludique et la féérie qui dominent. Le regard du visiteur s’attarde et se met au diapason du temps de l’œuvre. Mais ce temps n’écrase pas, il est léger.

L’art de Michel Blazy est un art de vivre. Il nous invite à une expérience physique, une expérience de vie. Il nous propose une façon décalée d’être au monde, de faire attention au détail, à la vie qui se cache dans une matière qui ne s’exprime pas. Ses gestes ne sont ni absurdes ni grandiloquents, ils ouvrent des fenêtres sur un ailleurs du quotidien, mais avec les objets ou les ressources du quotidien.

« Je ne me suis jamais dit que j’allais travailler sur le vivant, […] mon seul but est de me faire plaisir, d’apprendre des choses sur moi-même. Je débute toujours le travail de manière inconsciente. Je ne me dis jamais « Tiens, et si je partais de cette idée ? » Les matériaux sont ceux dont je me sers à la maison ; c’est une façon de les observer, de mieux les connaître, de savoir de quelles molécules ils sont constitués. On peut acheter une Danette ou n’importe quel produit pour le consommer, mais il peut aussi être un moyen de nous relier au reste du monde. Par un geste très simple qui est celui de s’alimenter, on peut être en relation avec plein de choses. »

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24 Rue de Poissy 75005 Paris
01 53 10 74 44

Du 10 mai au 15 juillet 2012

Entrée gratuite

Venez-y l’après midi, car le matin, l’œuvre "se réveille" et se présente très maigre. Il faut du temps pour que la mousse se forme.

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