Voir & Dire : un réseau de personnes curieuses de l’art contemporain, un dispositif d’accueil des artistes et de leurs œuvres à Saint-Merry, église du centre de Paris, un lieu d’expositions et de débats, un site internet de formation et de découvertes...


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Notre terre… Art/COP 21 à Saint-Merry



Du 20 novembre au 20 décembre 2015, Saint-Merry a accueilli sept artistes des arts visuels questionnant les responsabilités collectives dont la COP 21 est porteuse. Retour sur cet événement Artcop21.

Le CPHB se mobilise activement depuis de nombreux mois sur la question du climat [1] L’art est une composante particulière : le second semestre 2015 a bénéficié d’une programmation artistique avec l’exposition d’été (15 juillet - 20 septembre) : Green Memory de Pascale Peyret et la Nuit Blanche (3 octobre) : Présage de Djeff et Monsieur Moo.

Durant le mois de la Cop 21 six artistes s’installent dans différentes parties de l’église
o Le film noir de Lampedusa, installation de Clay Apenouvon
o Ouppsss !! , installation de Pedro Marzorati
o Red Vision, photographies de LWO
o Katrina, peintures de France-Noëlle Pellecer
o Equivalent, installation de François Kenesi
o Synapses, installation de Kler Schnéberger et Alexandre Bouton

Les œuvres utilisent des medias très différents et relèvent de plusieurs visées esthétiques ou politiques :
o La représentation du monde et des concepts utilisés par les responsables impliqués dans la question du climat (François Kenesi, Kler Schnéberger et Alexandre Bouton). Nommer et expliciter les enjeux font partie des préalables aux politiques publiques.
o L’évocation des tragédies mondiales récentes ou à venir nourrit la mémoire sociale et humaine (Clay Apenouvon, LWO, France-Noëlle Pellecer). Il faut les dire et les redire pour ne pas éluder nos responsabilités collectives et individuelles .
o L’invitation à la mobilisation individuelle et collective (Pedro Marzorati) qui peut se faire joyeuse.

« Ouppsss !! » de Pedro Marzorati

Ouppsss !! est une ode poétique à la fragilité humaine, qui parle des hommes confrontés à des événements et ensevelis dans leur histoire personnelle pour des motifs multiples, économiques, sociaux, politiques ou à la suite de catastrophes naturelles.

L’installation est constituée d’une main, un poing de grand format peint en bleu sortant d’un amas de planches et tenant un arc de chaises en équilibre, devant les fresques dorées de l’iconographie religieuse d’il y a près de 200 ans. Élaborée il y a quelques années, cette œuvre trouve une résonance particulière avec l’énergie déployée par des individus et de multiples ONG pour que les négociations sur le climat aboutissent enfin. Mais, fondamentalement, son sujet dépasse ce qui se jouera à Paris début décembre.
Ouppsss !! déborde de son espace, dans le déambulatoire et la chapelle attenante. L’énergie est contaminante ; la joie est surabondante.

« Quel que soit l’endroit où elle habite sur la terre, cette population a besoin d’un surcroît d’énergie, individuelle et collective pour pouvoir se relever et avancer. »

Ouppsss !! By PedroMarzorati from pedro marzorati on Vimeo.

http://www.pedromarzorati.com /// Chapelles nord

« Le film noir de Lampedusa » de Clay Apenouvon

Mise en lumière de Christophe Grelié

À Lampedusa, un homme, Giacomo Sferlazzo et son association Askavusa ramassent chaque jour les objets rejetés par la mer. Des objets qui appartiennent aux migrants cherchant un avenir meilleur et trouvant parfois la mort. Il les recueille comme des reliques et aimerait créer un « musée du silence »…

Clay Apenouvon fait de cette quête des fragments rejetés par la mer un récit, un film noir au sens premier, où tout est noir et, à cette fin, il recouvre tout de plastique noir.
À l’aide des fragments rejetés par la mer, il cherche à lire le désespoir de ces hommes et de ces femmes quittant l’Afrique pour rejoindre l’Europe. Les mêmes vagues, qui amènent les corps de ces malheureux, charrient aussi toutes sortes de déchets marins ainsi que du mazout.

« En poursuivant le questionnement, j’ai choisi d’interroger l’image symbolique de la marée noire, déchets pétroliers visibles et, dans le même temps, d’imaginer les hommes, femmes et enfants qui sont pris dans ce piège noir ; inexorablement, ils sont ramenés au rang terrifiant de déchets de l’humanité. Tout est mélangé, on ne reconnaît ni Humains ni déchets, tout devient juste noir brillant et opaque. Dans ces courants, les objets personnels, les fragments de vies sont illisibles. Je m’intéresse alors à leurs objets, à leurs vies, à leurs mémoires, à leurs vécus… Je m’interroge : peut-on y voir réellement autre chose que des déchets ? Quelque chose de vivant ? D’humain ? Peut-on entendre les cris de désespoir des naufragés ? »

En « s’écoulant » de l’autel, l’installation réactualise la théâtralisation rococo de cette chapelle du XVIIIe. La belle mise en lumière y associe le tableau d’Antoine Coypel (1749). L’artiste baroque a peint un Christ dont le regard se porte non sur ses deux compagnons mais sur chaque prêtre officiant à l’autel. En 2015, ce regard se tourne vers les déchets noirs. Une analogie visuelle à « Laudato si » ?

La symbolique de l’installation est enfin redoublée par la réalité invisible du lieu où elle est montée : les dalles de la Chapelle de communion cachent l’ossuaire de Saint-Merry, d’autres morts anonymes.

http://www.clayapenouvon.com /// Chapelle de communion

« ≡ équivalent » de François Kenesi

Conseiller scientifique : Rémi André, élève ingénieur à l’ESPCI ParisTech

Cette installation conceptuelle dans le Claustra est au croisement de l’art et du discours scientifique. Elle vise à sensibiliser le visiteur à ce qui devient la mesure de tous nos actes : le bilan carbone en équivalent CO2 de nos activité, déplacements, logement, nourriture, ...

L’artiste a dessiné 3000 fois un lingot de 1 kg de carbone C : "équivalent" de la masse de carbone émise en moyenne chaque année par un Français, son bilan carbone annuel, 12 tonnes de CO2.
Ces 12 tonnes de CO2 sont contenues dans le volume d’air de l’espace intérieur de Saint-Merry.
Ainsi, par son activité, chacun « pollue » en moyenne le volume de l’église.

Tout l’espace du claustra est envahi par ces formes rigoureuses crayonnées au graphite (du carbone) sur du papier, répétées comme des ‘ex-voto’, alignées et implacables comme l’est la lente dégradation du climat. Le claustra devient une chapelle d’un autre genre.

Devant ce claustra, une table de bridge et le moule en bois, parfaitement sculpté, qui a servi aux milliers de dessins !
Les visiteurs peuvent discuter avec l’artiste, lorsqu’il est présent, et repartir avec leur papier , signé.

Il a fallu beaucoup de temps pour mettre en œuvre cette installation ; cela est perceptible par tout visiteur inséré dans l’œuvre. La question du climat a aussi une dimension temporelle.

≡ est le symbole mathématique international pour « équivalent ».
http://www www.kenesi.fr /// Claustra

« Red Vision » de LWO

L’exposition de LWO, est constituée de photos d’un univers de fiction qui pourrait devenir une réalité. L’atmosphère a changé. Une lueur rouge orangé recouvre la planète : notre futur ?
« Alors que le soleil se fait plus rude, certains de ses rayons frappent par endroit, tels des lasers géants. Ils irradient en profondeur tout ce qu’ils rencontrent. Une lumière étrange chargée de minuscules particules s’en dégage tout autour. Ce nuage transparent pénètre les immeubles, imprègne les murs et les meubles, qui à leur tour irisent l’environnement proche.
Qu’on soit dehors ou à l’intérieur, le phénomène est permanent. La nature est fortement impactée, les arbres et les plantes dépérissent, le sol se fait acide, l’air est suffocant, des cohortes de réfugiés errent sur des terres devenues hostiles. Au travers de ce reportage fictionnel, il s’agit, par effet miroir, de réfléchir sur notre fragile environnement et sur ce que pourrait devenir notre vie au quotidien si on ne fait rien pour le préserver. »
http://www.LWO-station.com /// Deux chapelles nord

« Katrina » de France-Noëlle Pellecer

Six toiles (60x40) réalisées à partir de photos documentaires ; un travail pictural pour exprimer les effets des inondations.L’accrochage sur les grilles du déambulatoire fait face à un lieu de prière très populaire, la statue de saint Antoine.

« L’Ouragan Katrina en 2005 qui a provoqué le chaos en Louisiane et ses conséquences sur les populations les plus défavorisées nous a fait toucher du doigt la réalité d’une société inégalitaire qui ne cesse de grandir. Il fait aussi écho à nos fragilités et à nos responsabilités envers les générations futures. C’était Katrina, mais cette tragédie humaine se répète à l’occasion d’autres catastrophes plus récentes. »

http://pellecer.ultra-book.fr /// Déambulatoire

« Synapses » de Kler Schnéberger et Alexandre Bouton

Pour réussir, la COP 21 doit mobiliser l’intelligence collective des dirigeants politiques et des responsables économiques aux côtés des représentants de la société civile engagés pour cette cause depuis longtemps. Les cerveaux des hommes, siège de l’intelligence individuelle qui doit collaborer de manière croissante pour maitriser l’avenir, trouvent des analogies formelles dans la nature : la frondaison des arbres.
Leurs branches sont reliées en réseau comme des synapses humaines (du grec sunapsis = lieu de jonction, connexion). Des arbres se prêtent plus précisément à cette ressemblance, le Salix erythoflexuosa, saule tortueux aux branches rouges, ou encore le noisetier pleureur. Au-delà du symbole, l’arbre joue, en outre, un rôle fondamental de régulation et d’absorption du CO2.
Les deux artistes (une sculptrice et un architecte du développement durable ) ont « construit », à l’entrée de Saint-Merry, deux arbres hybrides (saules & noisetiers) de taille importante (4 à 5 m de hauteur), plantés dans des buses de béton afin d’affirmer le contraste entre la nature, la voûte, le monde urbain autour. L’échafaudage monté pour la réhabilitation des vitraux de Saint-Merry sert de fond de scène (bois et voile blanc) et théâtralise l’installation. Deux bancs ont été intégrés à l’installation.
Les visiteurs peuvent s’y asseoir et s’abriter sous les arbres, voir l’église autrement, méditer et discuter avec d’autres.
Après la première semaine de la COP 21, au vu des discussions relayées par les médias, mais aussi des motions des groupes pour le climat, l’œuvre pourrait devenir interactive. Dans son cadre, seraient accueillis les souhaits et les revendications de ceux qui sont engagés pour ce combat planétaire, mais aussi de tous ceux qui prennent conscience des enjeux majeurs du siècle.
bleukler@gmail.com et bouton_alexandre@yahoo.fr /// Bas côté Verrerie

Jean Deuzèmes


• Exposition à voir tous les jours de la semaine de 14h à 18h
• Le samedi jusqu’à 18h30
• Dimanche : horaires particuliers dus aux masses et concert. Les plages possibles sont 12h30-13h ; 15h30-16h ( avant le concert) 17h30-18h (après le concert)

Dans la conjoncture actuelle de Vigipirate, l’église peut être fermée par les responsables.

ArtCOP21 – Agenda culturel Paris Climat 2015
www.artcop21.com ;
#ArtCOP21


[1jeûne le 1er jour de chaque mois, informations, débats -notamment un grand débat durant la conférence de Paris-, invitations d’artistes. Cette communauté souhaite questionner les responsabilités collectives face à des enjeux majeurs conditionnant notre vie terrestre. Si sa démarche est bien antérieure à la récente encyclique « Laudato Si » de François, le Centre Pastoral Halles Beaubourg la reprend naturellement à son compte..