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Pascale Peyret, Yan Vanderme, Nicot. Nuit Blanche 2012



Trois installations contemporaines pour une nuit à Paris, dans trois églises. Un chef d’œuvre au milieu d’approches contrastées de la relation œuvre/lieu.

Lors de la métamorphose de Paris, la nuit du 6 octobre 2012, les églises comme lieu de présentation d’œuvres d’art visuel ont tenu, cette année, une place mineure. La Seine était la « superstar » et servait de trait d’union entre toutes les manifestations ; hormis Notre-Dame, où était projeté un film sur la cathédrale, peu d’églises s’avéraient concernées.

Comme les années précédentes, V&D est parti à la découverte et a trouvé trois lieux que les artistes révélaient à leur manière par leurs œuvres : Saint-Séverin (Quartier Latin), Notre-Dame-de-la Sagesse (Nouveau quartier Seine Rive Gauche) et Saint-Pierre-Saint-Paul (Ivry). Saint-Merry (Marais) a fait l’objet d’une approche spécifique.

Un chef d’œuvre et des questions alors que « Le règne de la nuit ne connaît ni temps ni espace » (Novalis).(…)

Pascale Peyret, Polysémie, un chef d’œuvre

L’église Saint-Séverin de taille moyenne était portes ouvertes et dégagée de ses chaises. Dans la partie centrale de la nef, à 40 cm du sol, « planait » un pavage lumineux axial aux limites irrégulières Quelques mètres avant l’autel, il s’évasait de manière à dessiner un T, une croix primitive en tau.

Des petits rectangles en à-plats dégradés de couleurs, vibraient sur un riche fond musical, formé de morceaux de musique composites de Reich à Vivaldi ! Cet ordonnancement visuel était formé de 500 écrans d’ordinateurs accidentés en veille et réactivés électriquement non pour se couvrir de signes mais de taches de couleurs ondulantes.

Les morceaux fêlés et cabossés de la vie informatique de bureau et d’industrie, devenus inutiles mais sortis du rebut, avaient gardé tous leurs composants ; ils étaient ainsi recyclés, non pour faire de nouveaux ordinateurs, mais pour constituer une œuvre d’art, éphémère (que l’on souhaiterait pérenne cependant).

Cette œuvre était totalement de son temps. Avec ses objets : des écrans ; relayant les préoccupations de l’ère du durable : le recyclage ; en phase avec l’esprit de la nuit blanche 2012 : la lumière faisant une sorte de rivière très fluctuante par ses « courants » ; épousant la forme du bâtiment d’accueil, une nef et son transept ; attirante par l’émotion qu’elle suscitait grâce à son visuel et à sa mise en musique.

Une mise en scène exceptionnelle qui faisait voir l’église et son volume ; un peu comme celle de Christian Boltanski qui dans « Personnes » avec ses carroyages de vêtements au sol dialoguait en 2010 avec la voûte du Grand Palais.

Pour un croyant, cette œuvre pouvait ouvrir sur de multiples sens  : la résurrection des écrans résonnait d’une autre, leur transfiguration du gris aux à-plats de couleurs d’une autre pareillement. Le pavage lumineux central ressemblait à une procession, imitait celle qui s’y produit chaque dimanche, formée de personnes, probablement cabossées à leur manière, mais serrées les unes les autres et faisant communauté, confiante dans la renaissance d’un quotidien parfois usant et cassant, les hommes et femmes étant alors l’allégorie de l’œuvre de l’artiste. La force mystérieuse de cette œuvre renvoyait à celle de ces foules qui s’avancent, et traversent l’écran des symboles.

Un chef d’œuvre qui parlait immédiatement à chacun selon sa sensibilité et sa culture.

NB : vidéo sonorisée reflétant modetsement l’ambiance

Voir et entendre aussi la courte vidéo faite par l’artiste elle-même sur son œuvre.
http://www.pascale-peyret.com/nuit-blanche-polysemie/video/

Yan Vanderme, Lumière, une approche minimaliste et glaçante

Conçue en 2000 par Pierre Louis Faloci en hommage à Notre-Dame du Haut à Ronchamp de Le Corbusier, l’église Notre-Dame-de-la-Sagesse est petite et se fait modeste devant les tours de la grande bibliothèque. Architecturalement, elle est éclairée par son côté nord d’un ensemble de baies vitrées donnant une lumière du jour urbaine.

Pour cette nuit, YanVanderme avait proposé une installation minimale gardant en place presque tout le mobilier : devant les baies occultées, une série de projecteurs dirigés vers les bancs, et non des chaises, donc vers les visages des promeneurs d’un soir. La lumière blanche et froide était variable, la puissance étant proportionnelle au nombre de personnes présentes. L’ambiance généralement chaleureuse de cette petite église contemporaine en brique était ici transmuée en celle des catacombes lorsqu’il n’y avait que deux ou trois visiteurs. Les spots niaient l’architecture, le passant pouvait avoir le sentiment d’avoir fait le tour de l’œuvre en un rien de temps et n’avait qu’une hâte, partir, ce qui est paradoxal pour un lieu d’église.

Sans nul doute, l’œuvre était aboutie dans sa technique, mais le sens de son concept appliqué à un édifice religieux méritait discussion. De nuit comme de jour, semblait dire l’artiste, une église propose en son sein de la lumière. Mais, faut-il être une communauté nombreuse dans une église pour que la lumière qui, traditionnellement vient de l’extérieur, parvienne sur la tête de chacun des fidèles ? « Lorsque deux ou trois … » disent les textes. La lumière devait-elle être violente et pareillement froide ? Et pourquoi des spots sur les visages, comme un interrogatoire ? Et surtout, pourquoi aboutir à la défiguration d’une architecture plutôt subtile ?

Nicot, Spiritus sanctus, une vision débridée entre Simon Vouet et des animaux sauvages

L’église Saint-Pierre-Saint-Paul (XVIIe) située à flanc de colline est ancienne et belle. Le parvis à l’abri de la circulation en renforce l’aspect église de village. Pour cette nuit blanche, Nicot n’avait pas ménagé les effets scéniques pour exposer une mince partie de son œuvre prolifique de dessinateur.

L’artiste y apparaissait comme un boulimique de la production picturale, ici centrée sur son travail inspiré des œuvres d’un grand maître français du XVIIe, Simon Vouet. Il semblait vouloir prouver qu’il avait parcouru toute la France et les archives pour débusquer les peintures de son maître et les « croquer » en noir ou en couleur.

Il y a du compulsif chez ce peintre totalement travaillé de sa passion à rendre hommage et se mesurer pareillement à son mentor. C’est ainsi que la sacristie avec ses relevés d’inventaires, le chœur avec une immense fresque de fortes interprétations de tableaux religieux, des tableaux d’animaux sauvages sur les bancs au milieu des visiteurs, tout était empreint de Nicot. Un concert, où les musiciens se relayaient toute la nuit, célébrait une sorte de vision de l’artiste.

Le trait se faisait souvent énergique et toute la création, les hommes et les animaux sauvages, semblait conviée à une célébration artistique en une église de banlieue embellie par des jeux de lumière. Mais de qui ? De Simon Vouet ou de Nicot ?

Messages

  • Dommage de ne voir que si peu le "passage" . Ces ordinateurs transformés, sublimés, alors qu’on les avait jetés, c’est aussi beau qu’étonnant.

    Tout à fait d’accord avec le commentaire sur la deuxième oeuvre.

    Quant au troisième, il faudrait sans doute lui rappeler (ou lui expliquer) qu’on ne va pas dans une église pour rencontrer des animaux sauvages, même si leur portrait est superbe...

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