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Quentin Guichard. Exographies



Exposition d’été 2014 à Saint-Merry : cinq grands formats sur fond de musique électroacoustique, fusionnent langage photographique et pictural pour évoquer les Origines. Fascinant de précision et de mouvement.

Quentin Guichard est un chercheur du son et de l’image en quête d’évocation des Origines, celle du cosmos après le Big Bang, celle de nos souvenirs perdus nichés dans la profondeur de notre inconscient.

À cette fin, il a produit un ensemble de deux œuvres : une visuelle dont le rendu est photographique et une autre musicale, Abîmes (2009)

Du fait de la technique utilisée, les œuvres suspendues sous les voûtes de Saint-Merry fascinent autant que les purs ciels de nuits étoilées, l’été.

"Je cherche une trace. Les signes de forces immuables qui rayonnent depuis les
Origines. Des particules élémentaires à la formation de l’univers, des puissances
Invisibles essaiment la matière et nos corps, comme une immanence qui nous traverse. De ce chaos naît pourtant une forme fragile et violente d’harmonie que je cherche à saisir derrière les apparences. Ma démarche est un travail de dévoilement à la recherche d’une unité perdue. "

L’artiste est souvent attiré par l’irreprésentable - une émotion personnelle ou collective, un phénomène, une situation, une relation, un concept, ce que la morale réprouve -, et c’est même la visée de l’artiste que de le rendre visible ou audible, afin d’éveiller le spectateur et le faire accéder à un autre monde qu’il soit matériel, spirituel, intellectuel.

Quentin Guichard approche une question, celle des Origines, celle du monde. C’est une question universelle abordée de tous les bords de la galaxie de la pensée.

Les physiciens, les astrophysiciens, les mathématiciens sont dans la même quête. Ce que ces scientifiques dévoilent provient de l’analyse de la lumière et des vitesses des objets lointains ou encore sortant des grandes machines que sont les accélérateurs de particules. Ils ne photographient pas des états de matière, mais les traces du passage des particules élémentaires que sont les familles de leptons, quarks et neutrinos. L’invisible est rendu visible : ils donnent à voir les effets de l’énergie et non pas des portraits posés de particules !

Les philosophes, écrivains, musiciens ou cinéastes s’engagent dans des chemins très différents de ces scientifiques pourtant sensibles à l’élégance et à l’harmonie de leurs théories. Avec d’autres moyens, ils témoignent non pas d’une réalité inaccessible mais de la manière dont ils la pensent, et bien sûr de leur émotion lorsqu’ils déconstruisent et reconstruisent leur concept et élaborent du sens. Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

Quentin Guichard, lui, aborde la question d’une façon plastique mais aussi musicale comme en témoigne sa pièce électroacoustique Abîmes présentée lors du vernissage le 9 juillet 2014. Ce qu’il donne à voir se perçoit sur un fond d’un noir absolu. Alors que l’antimatière traquée par les scientifiques enferme tout rayonnement possible de lumière et est donc noire, l’artiste, en fait un milieu où des fils blancs précisément dessinés s’entremêlent et se développent tels des rhizomes ou des lignes creusées par un graveur. Puis vient le mouvement de ces fils, non pas aléatoire mais selon des vortex ou des sortes de fractales mathématiques.

Écouter la bande son (extraits ou totalité) [1], tout en lisant l’article de V&D…

Rien d’abstrait, ni de concret dans ces dessins. De l’organique plutôt que du minéral. L’œil passe de l’infiniment grand à l’infiniment petit, va de la dilatation à la contraction de la forme, de la densité de la matière à son évanescence. Les formes sont multiples et sont des fenêtres ouvertes pour le regard du spectateur, qui peut y jouer comme en regardant les formes des nuages : des cyclones, un bestiaire, des trompes de Fallope, qui conduisent à la vie, des fibres végétales, des abîmes, etc.

Dans ces figures d’instantanés, Quentin Quichard ressemble aux physiciens. Ses fils ne sont pas de la matière, ils évoquent surtout le mouvement, l’énergie de la force des origines, du cosmos ou de l’homme, quand tout se cherche à se structurer et se détache de la « soupe originelle » de la création. Il s’agit d’une violence et d’une force de création où rien n’est achevé, où l’incertitude débouche sur un ordre imparfait et un sens, où le néant recule. Il s’agit de l’après Big Bang du cosmos, de la vie, de la parole.

Implicitement l’artiste parle de temps, non pas de son origine mais de son échelle, qu’il rend sensible par les agrégats de fils passant d’un état à un autre. Il parle d’accélération de ce temps, par la dilation des formes.
Il parle de l’après chaos et ses propos visuels oscillent entre ceux des scientifiques, qui cherchent à savoir comment la matière a submergé l’antimatière, et ceux des poètes et religieux qui ont construit des cosmogonies tributaires les unes des autres et dont le splendide récit de la Genèse est bien connu. Expliquer et rendre compte.

Quentin Guichard ne tient pas des propos de croyant, pas de traces de grand architecte ou de dieu surplombant tout. Mais son regard est celui de la fascination pour la beauté fragile, pour la violence qui se déchaîne et l’énergie qui met tout en mouvement, pour ces flux et ces forces du plus petit niveau de l’univers au plus grand, en passant par nos cellules menacées en permanence qui vivent, meurent et renaissent. Il invite à explorer l’univers que nous portons en nous et, bien plus encore, la représentation que l’on en a, représentation qui elle-même est en constant mouvement.

Ces Exographies sont des arrêts sur image des concepts de temps, d’énergie, de mouvement à l’origine d’une matière bien réelle. Scientifiques, philosophes, poètes et artistes, croyants et non-croyants s’y retrouvent en terre commune : la pensée et l’émotion.
Jean Deuzèmes

Quelle est la technique mise en œuvre par Quentin Guichard ?
Il ne s’agit pas d’une génération d’images par ordinateur mais d’un travail réel sur la matière. L’artiste prépare longuement de l’encre de Chine puis la répand sur de grandes feuilles de papier aquarelle. Les fibres du papier deviennent les fibres de l’origine que l’on voit et font l’objet de prises de vue d’une incroyable précision.

L’appareil photographique révélant les fils et grains de matière très petits pour l’œil nu se transforme ainsi en une sorte de télescope mental pour dire le très grand et l’instant qui suit l’origine. On se plait à penser qu’il a suffi d’une goutte d’encre répandu sur une page blanche pour dire la création.

L’encre de l’écriture, celle qui formalise la parole, est au centre de cette création.

« Au commencement, la parole » Jean 1,1


Site de l’artiste

Tous les après-midi jusqu’au 26 août 2014
76 rue de la Verrerie, Paris 04
Métro Hôtel-de-Ville


[1et notamment les 6 dernières minutes

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