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Valérie Simonnet. La rue parle



Une projection de photos dans le Claustra de Saint-Merry qui a connu un grand succès. Entretien avec l’artiste

L’artiste est avant tout une photographe de l’individu en situation urbaine : le cadre et l’employé, le vieux et le jeune, le SDF et l’établi…

Lucide et en alerte permanente, elle saisit des situations où le passant traverse un quotidien parfois rude et cherche sa place dans l’espace public avec, en fond, les messages de la société de consommation.

Elle cherche le beau ou le poétique et trouve souvent l’humour, avant le tragique. En effet, les publicités, les écritures ou les lumières de la ville viennent troubler le regard et créent des raccourcis visuels montrant les plus faibles ou les résistances magnifiques que l’homme oppose aux difficultés. Cette exposition révèle les associations faites par un regard, en un instant.

Analyse des œuvres

Les SDF  : ce sont des personnes auxquels le regard de Valérie Simonnet accorde une grande importance, elle dénonce le règne de la société consumériste par la cruauté des contrastes qu’elle révèle. Le théâtre en est le métro, lieu refuge parmi tant d’autres, mais où les exclus trouvent beaucoup plus de visibilité. L’écriture, publicitaire ou non, en arrière-plan donne une autre dimension à l’homme photographié.

La rue et ce qui s’y passe  : le regard de Valérie Simonnet ouvre une interprétation possible, personnelle, immédiate qui n’a pas besoin d’être commentée : un affichiste, Christ du quotidien, une vitre et une phrase ouverte sur le ciel, des panneaux d’orientation, etc. La ville est ce territoire des associations visuelles, comme les nuages, celui des formes ouvrant sur les rêves.

Les quêtes de la dignité et du sens  : des manifestants, une immigrée, un vieux et un enfant, un mur de musée. Tout est appel.

Entretien avec Valérie Simonnet

V&D : Ta nouvelle exposition aurait pu s’appeler Voir et Dire, puisque tu associes, ou confrontes, des messages donnés par la ville et un regard sur la réalité vécue par ses habitants. Elle relève aussi d’une sorte d’esprit Plantu, car c’est de société dont tu parles dans ces courts-circuits du regard. Qu’est-ce qui te motive ici ?

VS : Les injonctions commerciales ou « citoyennes » qui polluent plus qu’elles ne fleurissent nos murs me semblent de plus en plus déconnectées de la réalité de ceux qui les regardent ou les subissent. Elles semblent fonctionner dans une logique propre qui n’est plus celle de la rue et encore moins celle des individus. La consommation infinie qui est leur soubassement et leur nécessité se heurte aux limites flagrantes des pouvoirs d’achat. L’économie redouble donc d’efforts et d’impératives exhortations pour nous maintenir dans une humeur dépensière. Du coup le contraste entre le monde auquel on voudrait nous faire adhérer et notre réalité intérieure devient de plus en plus criant.

J’ai bien connu l’univers marchand et ses logiques puissantes. Je n’y participe plus que très peu, le court-circuit est donc également dans mon regard.

V&D : Comment et quand prends-tu ces photos à la fois d’un instant et très construites ?

VS : Mes photos sont essentiellement opportunistes même si je porte en permanence comme une écharde dans l’œil, la blessure de cette société. L’opposition et le contraste sont des constantes de mon écriture photographique, je marche inlassablement dans les rues et mon œil capte presque malgré moi ce qui me blesse ou me choque. Il s’agit le plus souvent d’un contexte, d’un décor, je me fige alors et j’attends que les passants se mettent en scène d’eux-mêmes.

V&D :Tes photos sont belles et poétiques, et souvent pleines d’humour. Tu es toi-même joyeuse et alerte. Mais sur le fond, tu saisis souvent des personnes en situation de solitude, dans l’affrontement d’un quotidien dur. Brouilles-tu les cartes ?

VS : Je trouve le monde d’une beauté parfaitement invraisemblable et l’homme surtout en société capable des pires noirceurs. Je ne parviens pas à admettre les impasses et les injustices de la société marchande. N’ayant pas le pouvoir de réformer je me contente de désigner ce qui me choque et je fais le pari de l’intelligence et de la prise de conscience de ceux qui regardent. Sourire ou se désespérer est devenu un choix existentiel.

V&D : La ville dont tu rends compte est celle des individus isolés dans des espaces souvent vides. Or dans la réalité, la métropole est fondamentalement grouillante. Est-ce si difficile de photographier les foules et le temps de la grande ville ?

VS : Je crois que l’on ne se sent jamais aussi seul que dans la foule. La foule détruit l’humain dans sa singularité ou le renforce dans son repli par peur d’être absorbé. La foule m’apparaît comme la juxtaposition de solitudes. Mes photos n’ont aucune prétention de réalisme, je ne crois pas à la vérité de l’image, je me contente d’essayer de faire passer un ressenti et, dans la multitude, ce ressenti est celui de la solitude ou plutôt de la résistance à l’envahissement, de la ténacité de l’individu malgré tout.

V&D : Les artistes contemporains citent souvent d’autres œuvres ou se situent par rapport à d’autres artistes qu’ils admirent ou qui les ont « poussés ». Qu’en est-il de toi ?

VS : Mes admirations sont si nombreuses ou si envahissantes que ma principale difficulté est de les maintenir à distance. Bien entendu, en particulier pour cette série les photographes humanistes du XXe siècle me nourrissent mais parfois j’aimerais photographier comme les grands reporters pour dire la violence quotidienne qui est apparue dans notre société depuis le début du siècle.

V&D : Quels liens fais-tu entre ces photos ainsi que leur contenu et le lieu, une église, où elles sont exposées ?

VS : J’imaginais deux possibilités d’exposition pour ces images : le cadre politique ou associatif et c’est l’église qui m’a ouvert ses portes. C’est très clairement un sujet d’étonnement, de réflexion et d’espérance pour moi.


Parcours et expositions de Valérie Simonnet à télécharger

PDF - 3.8 Mo

Messages

  • Ah ! Bravo pour les photos !C’est vrai qu’il y en a une ou deux que je ne comprends pas, mais, en général, c’est frappant. Merci à la photographe : son oeuvre essaye de nous forcer à regarder... et souvent à compatir "pour de vrai".

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