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Eva-Maria Bergman. Voyage vers l’intérieur



La peinture d’une artiste franco-norvégienne singulière de l’après-guerre que les lumières du Nord et du Sud mettent en extase. Des formes simplifiées puisées dans la nature. Une redécouverte majestueuse au MAM.

« La voie qui mène à l’art passe par la nature et l’attitude que nous avons envers elle. »

Stèle avec lune, 1953

Par ces mots, Eva-Maria Bergman, peintre et dessinatrice, exprime en 1950 la théorie esthétique qu’elle va mettre en œuvre dans la seconde partie de sa vie, particulièrement féconde alors qu’elle choisit une voie non figurative, mais toujours symbolique.
C’est en observant son environnement, la mer et les îles, notamment les pierres qu’elle dessine, que naît son art hors des chemins habituels, incluant des matériaux en feuilles de métal qui seront sa signature. Un art nourri d’une forte introspection.

Cette artiste (1909-1987) est née proche de la nature, en Norvège, y a grandi, s’y est formée avant d’aller à Vienne puis à Paris où elle rencontre Hans Hartung (1904-1989), jeune peintre allemand abstrait, alors inconnu, qu’elle épouse en 1929. Au temps de cette jeunesse européenne, elle développe un univers visuel déjà talentueux, vivant, drôle, passant par la caricature, par la figuration et l’abstraction. La rétrospective chronologique du Musée d’Art Moderne rend bien compte de cette première partie de sa vie.
Mais artiste femme et de surcroit femme d’un artiste qui gagne alors en notoriété, sa reconnaissance a été tardive et limitée, une malheureuse constante en art. C’est à la Fondation Hartung-Bergman installée dans sa maison d’Antibes, qu’il faut attribuer cette redécouverte récente et la présentation de la plupart des 300 œuvres au MAM. 

Non titré, vers 1932

Venue de Norvège, ayant développé très tôt au contact de la nature de grandes capacités d’observation qu’elle traduisait dans des peintures de paysage, comme Munch dont elle se sentait proche, Eva-Maria Bergman était à ses débuts aussi liée à la Nouvelle Objectivité allemande illustrée par Otto Dix. Elle aimait croquer des situations et avait le sens de la caricature.

Les frères de Skat, 1932
Je peins, il peint, vers 1940

Mais suite à ses nombreux voyages en Europe, notamment en Italie, et après sa séparation d’Hans Hartung en 1938, elle affirme sa volonté de suivre son propre chemin comme l’exprime une phrase de son carnet : « Je veux ! »

Je veux !

C’est par la fascination pour les rochers et autres beautés géologiques observées lors de ses séjours d’été sur les côtes de Norvège, qu’elle prend de la gravité. Sa recherche de beauté et d’harmonie l’amène à travailler sur le nombre d’or, la symbolique des couleurs, la force des lignes et le travail à la feuille d’or.

Grand Finnmark rouge, 1967

Mais c’est dans les années 50’ qu’elle va construire une œuvre singulière, difficile à situer, à partir d’un alphabet visuel comprenant pierre, lune, planète, arbre, montagne, vallée, barque.

Alphabet de formes, 1970

Si elle utilise la peinture a tempera, elle inclut des feuilles métalliques qui créent des effets de lumière, de mouvements : elle tente de traduire ainsi son émotion face à la nature qu’elle cherche à saisir, d’abord sous une forme brute, puis de plus en plus épurée, ou abstraite. Cela passe par des formes élémentaires : ovales, triangles, traits partageant la même direction.

Montagne, 1987

Elle se remet en couple avec Hartung en 1957, et ils voyagent ensemble, notamment en 1964 où ils longent la côte Nord de la Norvège jusqu’au cap Nord. Les nombreuses photos qu’elle prend ont nourri son œuvre.

« C’est du Finmark et de la Norvège du Nord que je rêve. La lumière me met en extase. Elle se présente par couches et donne une impression d’espaces différents en même temps très très près et très très loin. On a l’impression d’une couche d’air entre chaque rayon de lumière et ce sont ces couches d’air qui créent la perspective. C’est magique.  » écrit-elle en 1979

Grand Océan, 1966

Le couple est aussi attiré par le Sud, jusqu’à projeter de construire une villa atelier à Carboneras en Espagne. Mais c’est en 1973, qu’il s’installe à Antibes et fait construire une villa avec deux ateliers distincts. Toute son œuvre est alors marquée par la tension entre les lumières du Sud et du Nord. Elle évolue vers des formes très simples et monumentales aux couleurs restreintes, en alternance avec des dessins de petits formats, où le collage virtuose de petites feuilles de métal rend compte des aléas météorologiques.

Pyramide, 1960

Cette peinture dense, austère, non figurative, possède une puissance silencieuse dont l’intensité peut évoquer parfois la recherche de l’essentiel chez Rothko ou Newman.

Grand horizon bleu, 1969

Eva-Maria Bergman est un témoin de ce qu’on a appelé Nouvelle École de Paris et qui était en fait un rassemblement d’artistes de tous les pays, majoritairement des peintres abstraits tels Hans Hartung, Pierre Soulages, Arpad Szenes, Maria Vieira da Silva ou Roger Bissière. Ils ont pour point commun de peindre ce que l’artiste Joseph Sima qualifie de « l’Invisible Vu ». Elle a parcouru le monde et a fait de ses œuvres les traces d’un « voyage vers l’intérieur ».


Jean Deuzèmes

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Rêves bleus, 1951

Du 31 mars au 16 juillet 2023

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