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Les illusions retrouvées



Biennale Nemo 2025 : quelles sont les nouvelles utopies à l’ère numérique ? Vastes questions, réponses étonnantes et teintées de merveilleux

Bruce Eesly, Le Fermier du futur, 2023© J2M dr

La Biennale Nemo est un grand évènement de l’art contemporain à Paris qui essaime en d’autres lieux d’Île-de-France. En 2025, le résultat proposé est stupéfiant et le titre résume l’évènement. Dans un monde révolutionné par les technologies numériques, l’illusion se révèle un outil critique, spéculatif et poétique. En croisant intelligences artificielles, nature régénérée et sciences-fictions positives, l’exposition explore, à travers une trentaine d’œuvres, anciennes et nouvelles utopies.

Entre science et mythe, mémoire et data, les artistes sondent le rapport au vivant, à la technologie et à l’imaginaire. Ici, les utopies ne sont plus des promesses futuristes, mais des espaces hybrides, oscillant entre nostalgie et spéculation. Ce sont des illusions que l’on croyait perdues, et que le numérique révèle dans un autre monde, le nôtre !

Peintures immersives dont les personnages se mettent à chanter ; voix qui se métamorphosent en paysages ; plantes qui alimentent des images ; fictions qui ressuscitent le passé et visualisent l’avenir… Chaque œuvre présentée repousse les limites de la perception et de la réalité, révélant des mondes alternatifs où l’humain cohabite avec la nature et les machines.

L’exposition se structure en cinq parties. Elle s’ouvre sur L’Île d’Utopie, un espace central qui rassemble les grandes thématiques du parcours, à la manière d’un village introductif. Renaissances propose ensuite une exploration des imaginaires rétrofuturistes du 16e siècle jusqu’aux débuts d’Internet. La troisième section, Un monde nouveau donne à voir un monde spéculatif où la nature, les humains et les machines coexistent en harmonie. Vient ensuite Le Cantique des quantiques, un espace consacré aux perspectives ouvertes par la physique quantique et ses prolongements artistiques. Enfin, D A T A S K Y met en scène une œuvre tournée vers des futurs technologiques et désirables, porteurs d’un nouvel imaginaire collectif.

Dans la mesure où toutes les œuvres, très différentes les unes des autres, méritent d’être vues, V&D en a retenu six.

Inook. Le Mégamix du Louvre-Lens (2024-2025)

Cette œuvre est jubilatoire. Sur trois murs écrans, défilent des saynètes volontairement humoristiques élaborées à l’aide d’algorithmes transformant des œuvres de la nouvelle Galerie du temps du Louvre-Lens, inaugurée à la faveur de la Sainte-Barbe (la fête des mineurs) en une immense farandole invitant le spectateur à chanter et à danser. En effet, les deux artistes très créatifs du design numérique donnent de la vie aux visages peints et donc fixes, et réalisent un vidéomapping drôle et poétique sur des tubes indémodables, d’Eminem à ACDC en passant par les Corons

D’après une co-production du Louvre-Lens avec Lens Tourisme dans le cadre du Festival de la Sainte-Barbe 2024 et de la réouverture de la nouvelle Galerie du temps en 2024.

On Air. Peter van Haaften, Michael Montanaro, Garnet Willis (2024)

Cette œuvre de trois artistes canadiens transforme la voix en lumière. Le public est invité à parler ou chanter dans les pavillons d’instruments en cuivre. Un paysage sonore de voix qui s’entrechoquent, se fragmentent et se recombinent dans un ballon en latex. Avec le temps, la pression devient trop forte et le son est libéré vers une membrane élastique pulsante. Elle s’ouvre et projette les voix vers une série de
lentilles de verre et de miroirs. Il s’ensuit une harmonie chorale et visuelle en cinq parties qui
se transforme en un spectacle final cacophonique de sons, de rythmes et de lumières.

Donatien Aubert. L’héritage de Bentham (2024)

Ce moyen-métrage (26 minutes) est certainement le plus pertinent pour réfléchir aux impacts de l’IA dans sa composante de divertissement. Cette œuvre hybride adopte un parti narratif et mélange des prises de vues réelles, des images de synthèse 3D et des générations par intelligence artificielle. Il explore, sous plusieurs angles, les effets inattendus qu’a eu la théorie de l’utilitarisme – principe qui prescrit d’agir de manière à maximiser le bien-être collectif – imaginée par le philosophe anglais Jeremy Bentham au 18ᵉ siècle. Ce film problématise sous un nouveau jour les nouvelles formes d’hédonisme liées à la domesticité et à la simulation : cocooning, usage des réseaux sociaux, jeux vidéo...En sortant de cette œuvre, on comprend mieux les effets d’emprise des nouvelles techniques numériques.

Artiste, chercheur et auteur, Donatien Aubert mène un travail théorique et plastique qui vise à problématiser les mutations anthropologiques contemporaines. Il s’est notamment intéressé à l’héritage de la cybernétique, la science des communications et de la régulation entre être vivant et machine, à l’origine de l’informatique. Son travail mêle vidéo, installations interactives, réalité virtuelle et sculptures assistées par ordinateur ; son esthétique combine baroque, romantisme et influences industrielles.

Andy Thomas. Visual Bird Sounds (2020)

Depuis 20 ans, l’artiste australien Andy Thomas développe son propre langage visuel. Des formes abstraites réagissent aux sons, créés à partir de chants d’oiseaux et d’enregistrements de bruits
d’autres animaux, souvent recueillis lors d’excursions dans des habitats naturels reculés du monde. Son travail tend à montrer que les œuvres d’art générées par ordinateur peuvent avoir un lien avec le monde naturel.

Andy Thomas crée des « formes de vie sonores » : il enregistre des sons et des images d’animaux, puis les transforme en animations numériques et en œuvres visuelles à l’aide de logiciels de motion design. Ses compositions fusionnent flore et faune en formes abstraites évolutives, exprimant l’impact de la technologie sur les écosystèmes. Il a notamment collaboré avec Björk et Empire of the Sun pour des visuels de scène et des projections monumentales.

Marc Lee. Speculative Evolution (2024)

Une œuvre interactive et ludique. Face aux prédictions d’extinction des espèces, les scientifiques, ainsi que les agriculteurs et agricultrices, s’appuient de plus en plus sur des technologies telles que le génie génétique (modification de la composition de l’ADN dans l’organisme), la biologie synthétique (qui combine biologie et principe d’ingénierie pour concevoir de
nouveaux systèmes) et l’apprentissage automatique (champ d’études de l’intelligence artificielle visant à donner aux ordinateurs la capacité d’apprendre à partir de données). L’installation Speculative Evolution fait entrer le public dans un monde alternatif en l’invitant à créer de nouvelles espèces modifiées et mutantes d’animaux, de champignons, de plantes et de robots et à observer l’évolution de ce nouvel écosystème.
Pour cela, l’artiste met à disposition un téléphone portable fonctionnant comme un ordinateur de simulation. Le spectateur choisit les espèces qu’il veut croiser, y compris des robots, et observe ce qu’il crée.

Phygital Studio. Plant Being (2025)

Plant Being est une installation audiovisuelle entièrement générée par une plante. Son activité
électrique naturelle est captée en temps réel et transformée de manière onirique en sons et en images. Dans cet univers, le public est invité, s’il le souhaite, à interagir avec la plante. Au-delà de l’expérience sensorielle, Plant Being révèle l’intelligence naturelle et sème les graines d’un futur désirable dans lequel la technologie est utilisée pour redonner sa place à la nature.
Jean Deuzèmes

Du samedi 11 octobre 2025 au dimanche 11 janvier 2026
CENTQUATRE-PARIS
5 rue Curial
75019 Paris

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