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Anthony McCall. Lumière
Une très brève exposition à l’Ircam. Une émotion toujours renouvelée de traverser une « lumière solide »
Figure majeure de l’art contemporain, Anthony McCall occupe un territoire singulier à la croisée du film, de la sculpture et de l’installation. Il transforme en profondeur notre rapport au cinéma. L’évènement n’est plus dans l’image projetée, mais au sein de la projection. À l’aide de grands pinceaux lumineux coniques placés dans un univers sombre, il dessine un paysage dans lequel le public est invité à passer. C’est une expérience rare, entre rigueur formelle et apparition, immobilité et mouvement, silence et résonance. Si cela n’est pas dans la démarche de l’artiste, on peut y associer de multiples dimensions spirituelles.
Jean Deuzèmes
Le Centre Georges Pompidou possède certaines œuvres et les montre régulièrement.
« Là où le dispositif cinématographique traditionnel repose sur l’illusion d’une profondeur fictive, McCall substitue un espace projectif réel : l’événement n’a plus lieu dans l’image projetée, mais dans la projection elle-même.
L’expérience proposée aux spectateurs et spectatrices rompt avec les conventions du cinéma. Ici, nulle immobilité requise. Le public est invité à se mouvoir, à interagir avec les faisceaux, et à observer les formes qui se déploient sous différents angles.
Cette rupture fondatrice s’incarne dès 1973 dans « Line Describing a Cone, » œuvre emblématique aujourd’hui conservée dans la collection du Centre Pompidou. À partir d’un simple tracé circulaire projeté dans une salle emplie de fumée, McCall fait apparaître un volume lumineux tangible : un cône de lumière qui se déploie lentement dans l’espace et dans le temps. Le faisceau devient matière, la lumière devient sculpture.
La force du travail de McCall réside dans cette tension subtile entre immatérialité et sensation physique. Bien que la lumière ne puisse être saisie, elle est dense, presque palpable. » (Extrait deQuand la lumière prend corps )
L’artiste en parle ainsi :
« Le cinéma narratif propose au public de découvrir un « ailleurs » imaginaire : un moment inscrit dans le passé, un lieu lointain. Mes films de « lumière solide » offrent une interaction sensuelle avec des formes sculpturales réelles, où l’acte de regarder — le trajet, la durée et le positionnement du regard — appartient entièrement aux spectateurs et spectatrices. Il y a aussi une question d’échelle : les formes de lumière planes et diaphanes ont des dimensions qui s’inscrivent dans un espace réel, et sont influencées par les dimensions du corps humain. »

