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Haude Bernabé. #marenostrum



L’exil et le refus d’hospitalité. Une installation franche par ses intentions et belle par sa réalisation. Un mois d’évènements à Saint-Merry. Du 17-10 au 23-11.

Haude Bernabé pousse un cri d’ordre moral au travers de son installation à Saint-Merry : visiteurs, que faîtes-vous face au drame de l’exil et à la menace de mort lors de la traversée de notre mer commune ?
L’artiste ne s’embarrasse pas d’un lourd système de représentations ou d’allégories : elle cogne les esprits avec des formes immédiatement parlantes. Comme une militante, elle utilise des matériaux qui durcissent l’opposition entre deux groupes d’humains : le monde occidental versus les migrants confrontés en un lieu, la Méditerranée.
Avec cette œuvre sur le refus d’hospitalité et sur l’égoïsme des Européens, elle force le regard, la sculpture prenant le pas sur l’appréhension habituelle par la photo des médias.

Elle donne à voir des drames d’humanité et laisse les matériaux exprimer de l’universel.
Elle simplifie, mais tous les détails comptent et sont intéressants. La promenade dans cette œuvre immédiatement accessible peut suffire à sa lecture.
Elle dénonce, se veut efficace et renonce à entrer dans le débat politique.

Une exposition forte accompagnée de deux manifestations sur des paroles et visages d’exil (film et chorégraphie).

JD

Haude Bernabé. #marenostrum. Exposition à Saint-Merry. 2018 from Voir & Dire on Vimeo.

Des détails qui contribuent au souffle de l’œuvre

L’installation met en face-à- face deux groupes d’œuvres : le premier, clair, symbolise « l’Occident » et le second, sombre, « les migrants ». Bien des détails s’opposent terme à terme.

« L’Occident » est constitué de deux séries de sculptures blanches réalisées grâce au procédé d’impression 3D et mesurant chacune 60 cm environ. Les personnages sont anonymes et identiques, ils sont à eux seuls « L’Occident » ; leur dos et leur face ne se distinguent pas, ils montrent leurs muscles et font bloc face à ce que populistes et souverainistes dénoncent comme « l’invasion ». Leur corps en résine exprime une modernité apparente ; mais leur tête est une cage, leur esprit est dans l’enfermement et vide. Ces cages ont la forme de casques coloniaux ou militaires. L’exil est, pour l’artiste, lié à la colonisation.

« Les migrants » sont symbolisés par des pièces uniques de fer et de bois, bien plus grands que les précédents ; leur présence et leur humanité sont plus grandes. Ils sont tous différents, à l’image des pays dont ils viennent. Contrairement aux hommes de l’Occident, rassemblés sous cette désignation, ils ont un visage, des yeux et des mains, et se présentent comme des humains avec les attributs de l’autre comme humain singulier.
Montées individuellement sur une tige de métal et du bois flotté récupéré, ces silhouettes sont faites de matériaux liés à la terre et vibrent légèrement au contact du visiteur. Celui-ci peut d’ailleurs passer au milieu de cette foule, de même taille que lui. Le rapport avec ces migrants est possible, mais pas avec les Européens, petits, en situation compacte. Les yeux des migrants sont des trous par lesquels le visiteur peut voir « l’Occident » ou le paysage de l’église. Les Européens n’ont pas de visage, les migrants orientent leur regard sombre vers le haut, la voûte de l’église, le ciel.

L’éclairage produit les ombres fortes et précises des migrants évoquant le risque de la mort. Attachés à leur tige métallique, ces jeux d’ombre dramatisent l’identité du groupe.

Entre les deux groupes, une sculpture composée d’un grand tronc en bois flotté, une barque figurée, portant des personnages, solidaires et serrés les uns contre les autres, en métal : ils sont la tête des « migrants », l’Arké.

Détail d’installation : l’artiste a perturbé l’ordre de l’église : pour disposer le groupe des migrants, la commissaire a déplacé de nombreuses rangées de chaises utilisées lors de la messe du dimanche. Le groupe est devenu l’égal des paroissiens, il est l’invité de Saint-Merry. C’est un signe bien choisi puisque cette communauté est cofondatrice du Réseau chrétien Immigrés.

Un autre détail se joue dans le titre : # précède marenostrum. La modernité s’imprime dans un espace ancien, une mer commune depuis des millénaires. # est devenu le signe de l’urgence, de la lutte. Sans nul doute l’exil d’aujourd’hui en fait partie.

Les propos de l’artiste relèvent de l’appel général à s’engager et non de la description politique. L’Occident est, en effet, plein de militants prêts à se porter au-devant des migrants ; l’œuvre date de 2015, et le Conseil constitutionnel a érigé la solidarité en principe constitutionnel en juillet 2018.

Au sein du groupe des Européens, il existe d’autres personnages non ici figurés. Mais ce n’est pas l’objet de l’œuvre.

Jean Deuzèmes

Un évènement dans le cadre de #marenostrum

Symphonie de la solitude - Sombras. Création chorégraphique de Vincent Harisdo. 2-11-2018. Église Saint-Merry (Paris) from Voir & Dire on Vimeo.

Présentation de #marenostrum par la commissaire

L’histoire de l’Europe depuis au moins trois siècles est liée aux migrations. Elle est, par ailleurs fortement marquée par la colonisation de l’Amérique, l’Afrique, l’Inde et une partie de l’Asie. Entre 1820 et 1930 ce sont 55 millions d’Européens qui ont quitté l’Europe pour l’Amérique du Nord ou du Sud et les colonies. Aujourd’hui des situations de guerre dans certains pays, de misère due aux crises économiques, politiques ou aux changements climatiques dans d’autres parties de la planète entrainent des populations à fuir leur pays et le vieux continent fait face à ce mouvement qui tente d’arriver vers lui. En juin 2018, l’interdiction pour l’Aquarius d’aborder les côtes italiennes et le périple des réfugiés rescapés ravivent le débat sur la politique migratoire de l’Europe tout en attirant l’attention sur la situation de milliers (environ 15 000 pour le 1er trimestre 2018) de réfugiés rescapés qui arrivent à nos côtes par vagues successives. La responsabilité des Européens est engagée, du moins, elle devrait l’être vis-à-vis de ces hommes et ces femmes obligés de fuir leur pays pour se mettre à l’abri de toute
sorte de danger.
C’est en tant qu’Européenne et avant tout qu’être humain que l’artiste Haude Bernabé propose ce regard sur les réfugiés à travers ce travail baptisé #marenostrum.

L’installation #marenostrum a été créée en 2015 et présentée une première fois à Florence en 2016.
Dans le cadre du partenariat avec la Maison des Journalistes, association qui accueille et accompagne des journalistes réfugiés politiques en France, cinq textes de journalistes issus de l’exposition « waiting » présentée en janvier 2018 à la Mairie du Xe arrondissement complètent l’installation.
Francine Meoule

Les évènements à Saint-Merry
Deux soirées avec spectacle de danse et long-métrage documentaire, ainsi qu’un espace vidéo (projection de trois films en boucle) viendront compléter l’exposition #marenostrum.

Soirée du vendredi 2 novembre / Vincent Harisdo & Oriol Canals
1ère partie 20h : « Symphonie de la solitude – Sombras » création chorégraphique de et avec Vincent Harisdo
2ème partie 21h : « Sombras » (Les ombres) d’Oriol Canals, film nombreuses fois primé.

Soirée du jeudi 8 novembre / Merlin Nyakam & Avi Mograbi
1ère partie 20 h : Extrait de « ET’AM » création chorégraphique de et avec Merlin Nyakam
2ème partie 21h : « Entre les frontières » d’Avi Mograbi

Paroles de journalistes

Cinq textes de journalistes réfugiés politiques en France accompagnent l’installation.
Disposés sur des pupitres, ils ont été écrits par des hommes et des femmes vivant l’exil et la condition de réfugié.
Leurs auteurs ont été accueillis par la Maison des journalistes à Paris qui, depuis 2002, soutient des journalistes réfugiés ou demandeurs d’asile ayant fui leur pays pour avoir voulu exercer leur métier d’informer au péril de leur vie ou de leur liberté.
Ces textes ont été présentés à l’exposition « Waiting » à Paris en 2018.

ATTENDRE B., journaliste afghan
ATTENTE COLÈRE, Abdelmoneim RAHMTALLA, journaliste et poète soudanais
DE L’ATTENTE EN GÉNÉRAL ET DE L’ATTENTE DU DEMANDEUR D’ASILE EN PARTICULIER, Larbi GRAÏNE, journaliste algérien
SANS TITRE, Ahmad AL GABR, journaliste yéménite
SANS TITRE, Mariam MANA, journaliste afghane

Interview de Haude Bernabé sur France 24, 13 juillet 2018

Espace vidéo :
- Waiting, de Mortaza Behboudi
- La Cimade, Alexandra Bellamy
- La vie pour bagage, Olivier Cousin

LA CIMADE from Voir & Dire on Vimeo.

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