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RERO. Réel Virtuel Spirituel



Dans le cadre de l’exposition d’été 2020 à Saint-Merry « Après-After » : une œuvre minimale, conceptuelle, totalement in situ et en 3D pour interroger le monde « d’Après » en quatre langues. Une innovation formelle belle et pleine de sens dans une église.


Cet artiste français vivant et travaillant à Paris et à Rio est un des grands noms de l’art contemporain très apprécié d’une population jeune et de jeunes professionnels. Venu de l’art urbain, il interroge le fonctionnement du monde et interpelle le visiteur par des mots ou de courtes phrases, conçus in situ, présentés toujours de la même manière : police typographique soignée, Verdana, la plus lisible et la plus utilisée dans le monde, barrée aux 2/3. Paradoxalement, celui qui regarde fait un effort pour mieux lire et, surtout, voit mieux le support, le contexte. Des interrogations, en poésie visuelle, destinées aux croyants et aux non-croyants.

L’œuvre présentée à Saint-Merry est minimaliste, puisque l’artiste fait une œuvre à partir du simple titre de l’expo collective, mais en fait maximaliste, par sa localisation et son sens. RERO avait exposé à côté de Saint-Merry sur le Socle en 2019 ; avec RVS, il traverse la rue avec une œuvre originale totalement différente mais toujours aussi juste dans son rapport au lieu.

À Saint-Merry, le in-situ de RERO intègre à la fois le lieu, le transept ; le temps, une exposition collective de l’été 2020 ; et les membres d’une communauté qui ont choisi les mots. Tout a été pensé ensemble, c’est ce qui fait la force et la singularité de l’œuvre.

RVS

Cette œuvre n’est pas une commande, mais le résultat d’un dialogue avec l’artiste qui s’est saisi de ces éléments de la conversation pour créer un quadriptyque plat qui passe en relief comme dans un film en 3D, lorsqu’un spectateur porte des lunettes spéciales.

C’est ce qu’on appelle techniquement un anaglyphe (en grec ancien : « ciselure en relief », « bas-relief », « ouvrage sculpté », composé d’ana, « du bas vers le haut » et de glyphe, « ciselure ») : une image imprimée pour être vue en relief, à l’aide de deux filtres de couleurs différentes, le rouge à gauche, le cyan (bleu) à droite.

Tout est in-situ dans cette œuvre offerte temporairement à Saint-Merry.
Une lecture 3D du monde d’Après ...qui fonctionne plutôt bien avec l’œuvre des EpouxP, Cyanotype, à ses pieds. dit RERO dans un courrier récent.

Le titre de cette œuvre très innovante, faussement simple, est typiquement « à la RERO ». Alors que l’on parle régulièrement du système des couleurs RVB (Rouge, Vert, Bleu), l’artiste fait glisser l’acronyme en titre RVS (Réel, Virtuel, Spirituel) pour parler du monde qui vient, un monde réel (en 3D) que la communauté a l’audace de proposer temporairement dans le vide laissé par des tableaux d’autel en restauration.

Le sens est là :
-  À la place de tissus d’un beige neutre ou gris, d’autels temporairement en manque de tableaux patrimoniaux et de sens, RERO met en scène ces mots qui interrogent chacun sur la manière d’envisager l’avenir.
-  La COVID 19 a frappé le monde entier, la question de « l’Après » se pose à l’échelle internationale. RVS est donc décliné en quatre langues sur les quatre autels : le français (la langue usuelle de Saint-Merry, bien sûr…), l’anglais et l’espagnol (langues avec lesquelles on communique avec les visiteurs) et le portugais qui est une signature culturelle, un clin d’œil, de cet artiste franco-brésilien…

Et l’artiste de continuer dans la présentation de son projet :

Et après ??
Quel chemin ?
Quel équilibre doit-on rechercher entre ces 3 dimensions ?
Quelle dimension doit prendre le pas sur l’autre dans le monde d’après ?
Le virtuel sur le réel, le réel sur le spirituel ou encore le virtuel sur le spirituel ou le spirituel sur le réel ? Ces trois dimensions ne seraient elles pas interconnectées ?

Doit-on chercher un équilibre entre ces trois dimensions ?? Le virtuel étant une dimension plus récente, qui est apparu avec l’anthropocène ...
Un rééquilibre de ces 3 dimensions ne serait-il pas une solution pour le monde d’après ?

La singularité de RERO et de RVS

En 2012, le Centre Pompidou avait fait une belle exposition pour les jeunes publics, « De la lettre à l’image », sur les utilisations de la lettre (comme signe) dans les images. Or la calligraphie intégrée dans les tableaux (cf. René Magritte) ne relève pas du même registre que les écritures contemporaines de Tania Mouraud ou de Jenny Holzer. Leurs phrases projetées ou collées sur l’espace public surprennent et sont des injonctions provocatrices contre la société de consommation ou les situations de domination.

RERO, lui, met en scène le sens des mots et de courtes phrases autrement, il en fait des tableaux, des sculptures sur des supports les plus divers, le Verdana barré agissant comme un appel à l’universel dans la société Internet ; ses aphorismes et ses courts oxymores sont pleins d’humour et de tendresse pour celui qui regarde. Il n’est pas dans la violence verbale, mais dans le registre de la résilience.

Comme le grand critique italien Achille Bonito Oliva [1] l’exprimait déjà en 2013 :

L’art n’a pas pour objectif de résoudre les problèmes, mais de générer des interrogations, mouvements de conscience sur plusieurs questionnements de notre monde.
À partir de là, RERO qui appartient à la dernière génération, au travers de la nature écologique de la création artistique et de son besoin éthique, représente un signe de résistance morale, une volonté constructive de vie, de réflexion à l’égard de la dérive sociale et politique et d’un chaos qui est toujours irréversible. (…)
Rero utilise l’écriture pour visualiser clairement sa pensée critique envers une réalité fuyante et irréductible.

À Saint-Merry, ces mots sont accrochés dans des espaces qui reçoivent généralement de la peinture religieuse. Or celle-ci comprend parfois des mots et interpelait la foi des croyants, les œuvres utilisaient une calligraphie particulière. Le retable de gauche, le tableau de Simon Vouet, laissait ainsi apparaître le Tétragramme, le nom imprononçable de Dieu. L’artiste, 400 ans plus tard, est respectueux des supports d’œuvres religieuses et de leur fonction de message ; il s’adresse à la sensibilité collective, à l’inquiétude cachée du spectateur. L’œuvre d’art n’est pas un dérivatif, mais une invitation à avancer et à penser ensemble le Réel, le Virtuel et le Spirituel.

L’artiste a poursuivi le dialogue avec la communauté de Saint-Merry, celle-ci choisissant parmi des aphorismes poétiques et énigmatiques ayant pourtant du sens dans une église. L’artiste pratique avec bonheur et beaucoup de légèreté ce genre littéraire qui est une concentration stylistique de la pensée, l’écriture qu’il utilise en fait un jeu réflexif [2]

- NOTHING IS TERRIBLE EXCEPT FEAR ITSELF... qui n’est autre qu’une interprétation pleine d’humour du fameux « N’AYEZ PAS PEUR » (une référence à Mt 14,27), devenu commun dans le champ religieux depuis les appels réitérés dans le monde par le pape Jean-Paul II, et dans le champ politique.
- C’ETAIT MIEUX APRÈS... reprend le terme des quatre toiles, mais surprend dans une formulation que l’on n’attend pas. Une sorte d’anticipation ? Où est-on déjà dans l’Après à goûter les effets du changement ?
L’artiste a quant à lui une autre référence : « on pouvait lire déjà 3800 av J.C sur une stèle chaldéenne cette inscription Nous sommes arrivés en des temps mauvais, et le monde est devenu très vieux et malfaisant. Les hommes politiques sont corrompus. Les enfants ne respectent plus leurs parents."
C’est justement là toute la question !!!
Une fois barré , on se retrouve sur un positivisme quant au futur !!

Une autre interprétation est possible : Après appartient aux mots familiers de l’Apocalypse de Jean …

Jean Deuzèmes

Les œuvres de l’exposition d’été 2020 à Saint-Merry

Le sens de l’exposition d’été
RERO. Réel Virtuel Spirituel
ARYZ. La Cause / La Causa/The Cause
Valérie Simonnet. Ma vie en 16/9 ème
Isabelle Terrisse. Nid douillet
Claudie Titty Dimbeng. Le Passage
Les EpouxP. Pascale & Damien Peyret. Cyanotype

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Exposition d’été à Saint-Merry. Lire présentation générale
76 rue de la Verrerie
75004 Paris
Du 7 juillet au 5 septembre. Lundi-vendredi de 11h30 à 19h ; le samedi jusqu’à 18h30.
Dimanche après le concert débutant à 15h


[1Dans le catalogue d’une exposition SUPERVISED INDEPENDENCE… à la galerie Wunderkammern, Rome, 2013. http://rero-studio.squarespace.com/myway

[2Il existe une école d’aphorismes viennois du début du 20 eme, mais elle relève de la philosophie. Comment ne pas penser ici à cette définition de Karl Kraus, qui par un mot n’est pas très éloigné de l’art de RERO : « Un aphorisme n’a pas besoin d’être vrai, mais il doit survoler la vérité. Il doit la dépasser d’un trait.  »

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