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Akiko Hoshina, Liturgie d’argile



Deux objets de liturgie métamorphosés, du tissu à la céramique. Un splendide glissement dans la symbolique religieuse et une interprétation inspirée de l’imbrication des cultures. Galerie Saint-Séverin, jusqu’au 25 avril.

À l’occasion de cette exposition étonnante de deux ornements liturgiques catholiques, des étoles, dans un environnement de céramique faisant référence à d’autres rituels ou d’autres cultures, on perçoit mieux la réorientation esthétique de la galerie Saint-Séverin.

Avec Daria de Beauvais, la précédente commissaire, les œuvres étaient largement marquées par les problématiques de la disparition et de l’absence/présence, par les multiples références à la culture la plus contemporaine, faite d’hybridation des genres ou de vidéo ; la galerie mobilisait en effet des artistes en pleine ascension sur la scène française et souvent présentés au Palais de Tokyo, cet univers des plus en pointe de l’art contemporain. Ces artistes remarquablement choisis étaient sollicités pour interpréter dans leur médium le mystère de la résurrection ou réexplorer des sujets que l’on trouve traditionnellement dans l’art religieux. Les installations retenaient l’attention par leur étrangeté ; mais elles n’étaient pas évidentes et il fallait un détour par les commentaires de la commissaire pour bien comprendre ce qui était présenté. Ce qui primait était donc le sens caché dans des formes inusuelles d’où un sentiment d’ésotérisme pouvait surgir, produites par des artistes très distanciés des sujets spirituels et avant tout explorateurs de notre hypermodernité. Il s’agissait d’une sorte de sur-réalité exprimée avec les moyens principalement connus des passants visiteurs qui en avaient les codes. A l’inverse, c’était en allant voir les expositions, où le directeur du Palais de Tokyo était impliqué, qu’on pouvait mieux apprécier les propositions de la galerie Saint-Séverin !

Avec la nouvelle commissaire, Géraldine Dufournet, « l’avant-garde » des jeunes artistes apparaît plus chatoyante et séductrice, tout en restant mystérieuse ; c’est une esthétique largement empreinte de minimalisme qui singularise cette nouvelle approche. Du questionnement, on est passé à l’expression du spirituel par le beau ; en effet, les œuvres choisies sont avant tout dans ce registre et l’émotion esthétique est immédiate et partageable par plus de monde. La perfection des techniques utilisées y contribue certainement. L’attractivité de la galerie vient alors d’une sorte de déjà-vu, « mais où ? », car c’est bien la question. Les œuvres choisies par Géraldine Dufournet semblent moins hybrides que porteuses de références elles-mêmes éprises de beauté, de spiritualité et d’une culture de musée plus familière. Les titres contribuent à orienter l’attention du regardeur.

C’est très net avec « Liturgie d’argile » qui s’affirme dans le champ du rituel. Les étoles sont visibles, mais leur couverture par des langues de céramiques blanches rappelle à la fois la culture nipponne, par le matériau et la couleur, et les chefs de plumes d’Indiens, qui relèvent d’autres univers et rituel. Avec Thomas Tronel-Gauthier et « Matière d’origines », en décembre 2013, Giotto était évoqué par la présence d’une splendide truelle laquée à la feuille d’or. Étrangement, c’est le recouvrement d’un objet ancien par une matière brillante (Or/blanc brillant) qui constitue le point commun des deux expositions de la galerie. La nouvelle commissaire serait-elle sensible à la transfiguration des objets et de manière subliminale à une expérience spirituelle connue et exprimée par bien des artistes ?

Si la force des œuvres de cette galerie tient toujours dans cette ambiguïté de sens savamment choisie, on a maintenant changé de fenêtre pour « dire des choses » liées au spirituel : après le questionnement, l’affirmation ; après le trouble, la beauté ; après l’approche par le concept, une certaine exaltation par la matière. Assiste-on à un recentrage identitaire ou à une autre vision de l’art ?

Jean Deuzèmes

Présentation de l’œuvre par la commissaire

Akiko Hoshina est une artiste japonaise utilisant la céramique ou autre matériau se transformant avec l’eau, le soleil et le feu. Dans son travail, le processus de métamorphose de la terre est essentiel.
 Pour la Galerie Saint-Séverin, elle a souhaité présenter un projet contextuel. Elle a d’abord orienté ses recherches sur les objets rituels puis s’est focalisée sur les ornements liturgiques : deux étoles – l’ornement principal du prêtre – ont été acquises. En effet, la céramiste s’intéresse particulièrement aux objets et vêtements traditionnels ou symboliques qu’elle transforme pour ses œuvres.

Fidèle à son procédé de recouvrement comme pour les séries « Des Funérailles » et « Monolithes », Akiko Hoshina a recouvert – en partie seulement – d’argile blanche les deux parures et le sol de la galerie : la terre a été humidifiée et roulée avec la paume des mains, puis répartie en petits boudins superposés, selon la technique du colombin. Elle aime justement la malléabilité de la terre, sa souplesse. Autre caractéristique, elle marque souvent ses créations de ses empreintes de doigts, la trace de son corps est donc présente : « Le tactile est indissociable de son geste dans la pratique de la terre » [1]. En revanche ici, pas de cuisson, le matériau va sécher naturellement, durcir ; en conséquence l’installation va évoluer, évocation du temps qui passe. La terre symbolise d’ailleurs pour l’artiste le cycle même de la vie : elle est humide donc vivante, puis sèche donc meurt. De plus, elle peut toujours être réutilisée, retravaillée et de ce fait, la terre renaît toujours.

Cette renaissance peut également se lire dans son installation. En effet, la petite étole en soie et dentelle est posée, étendue sur le sol derrière la vitrine ; cette position allongée évoque la mort, le corps absent, et le violet aussi est la couleur portée pendant la période du Carême, du Jeûne. Au contraire, la grande écharpe claire et brodée est présentée par la céramiste suspendue, au centre de l’espace, incarnant le corps présent ; la position debout représente la vie et les couleurs blanche ou or sont portées au moment de la fête de Pâques, soit la célébration de la résurrection du Christ. En somme, cette exposition rend compte d’une évolution cyclique de la matière, de la nature, de la vie.
Akiko Hoshina mélange les traditions, les savoir-faire, les techniques (orientales, occidentales) et les sources d’inspirations dans ses œuvres et toujours avec respect. Elle mêle ici encore une technique primitive sur des ornements liturgiques. D’ailleurs, l’artiste, par son geste répétitif, adopte une attitude proche de la méditation, du recueillement, du rite sacré, voire de la prière. Sa liturgie à elle, c’est l’argile.
Géraldine Dufournet

Biographie de Akiko Hoshina

Akiko Hoshina est née en 1971 à Gunma, Japon. Elle vit et travaille à Paris.
Titulaire d’une Maîtrise de céramique de l’Université Joshibi de Kanagawa en 1996, Akiko Hoshina entre en résidence à l’atelier des maîtres Kosho Ito et Chika Ito au Japon avant d’assister le photographe Shigeo Anzaï en 2004. Elle réside à la Cité Internationale des Arts à Paris en 2008 et au Musée de la Céramique de Lezoux en 2010. Elle a participé à de nombreuses expositions, dont les Biennales Internationales de la Céramique de Châteauroux en 2009, 2011 et 2013. Cette même année, un atelier-résidence de la ville de Montreuil lui est attribué et son travail est publié dans le Art Press dédié à la céramique. Dans son parcours artistique, elle explore les facultés de ce matériau à révéler l’empreinte du temps, inscrite dans la terre, pour donner à voir l’invisible, la disparition, les souvenirs…

Site de l’artiste

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Dossier de référence Akiko Hoshina

À lire un dossier passionnant (2010) sur l’approche de cette artiste et les références qui ont compté dans son approche de la Céramique


L’exposition est visible jour et nuit du 21 février 2014 au 24 avril 2014 à la Galerie Saint-Séverin, 4 rue des Prêtres-Saint-Séverin - 75005 Paris.
 Akiko Hoshina, Étoles, 2014 - Argile blanche sur tissus ; dimensions variables.

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[1Yves Sabourin, Courants d’argile, Un, deux… Quatre éditions, 2010 (catalogue d’exposition, Musée départemental de la Céramique à Lezoux)

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