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Le Duo Parhélie. Quarante jours dans le désert



Saint-Merry, septembre-octobre 2020. Une œuvre envoûtante de Florence Tassan Toffola et d’Hugo Verlinde. Quand la rencontre entre l’artisanat du verre et les arts numériques favorise la méditation.

« Quarante jours dans le désert » est la première œuvre d’un duo d’artistes, qui sont des chercheurs chacun dans leur art.
Hugo Verlinde conçoit des modèles informatiques qu’il utilise pour faire des projections d’images vidéo en les associant aux formes et aux matériaux de la sculpture.
Florence Tassan Toffola est une artisan verrier qui innove dans ce matériau et a créé pour Saint-Merry deux formes hautement spirituelles la silhouette d’un homme à genoux et trois petites verrières aussi dépouillées que ses modèles cisterciens.
Le premier raconte la vie des objets célestes considérés comme des entités, il en fait des œuvres. La seconde traque la lumière, la transforme en taillant dans la matière.
En outre, ils ont introduit la musique de Jacotte Chollet pour desserrer les tensions du quotidien.

Ainsi, lumière, sculpture et son se conjuguent et rendent l’infini intime.

Située dans une crypte, un espace du religieux, dont les petites dimensions, l’obscurité et la sonorité en renforcent les effets émotifs, l’œuvre parle de la méditation, invite à la méditation elle-même, mais pas dans un lieu épuré, pas non plus devant un objet religieux fixe doté de ses codes de représentation.

JPEGLe titre de cette œuvre fait référence au moment où Jésus, avant son ministère terrestre, se retire seul dans le désert pour y prier et y est confronté avec le « malin » : "Aussitôt , l’Esprit poussa Jésus au désert. Durant 40 jours au désert il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient…" Marc 1, v 12-13Écouter le commentaire de ce texte

Mais cette œuvre a une portée plus générale, elle est une œuvre sur le temps intériorisé, un temps transformé par l’œuvre même dont le titre affirmatif contenir plusieurs questions : que se passe-t-il en chacun quand il entre en méditation ? De quelle nature sont les pensées qui arrivent par flux continu ou discontinu ? Les images vidéo permettent-elles d’évoquer ces moments ?

40 jours dans le désert from Le Pixel Blanc on Vimeo.

JPEGLe nom « Parhélie » que s’est trouvé le duo est aussi mystérieux que l’œuvre et se révèle très approprié. Il désigne un double particulier, lié à un phénomène temporaire d’optique atmosphérique, appelé aussi « soleil double » (vidéo) : lorsque, dans les nuages, existent des petits cristaux de glace, la lumière du soleil s’y diffracte et forme un halo double, symétrique de l’image de l’astre.

Mais c’est toute l’installation qui se révèle parhélie, avec d’étranges doublons :

 Deux ensembles verriers savamment et patiemment sculptés, découpés, polis, éclatés dans leur matière pour réfracter la lumière qui tombe sur eux ou traverse. Les deux sont face-à-face et forment un entre-deux de l’installation où glisse le visiteur
 Deux vidéo-projecteurs délivrant des faisceaux de lumières ondulantes qui interfèrent sur la voûte ou le verre, image d’un état méditatif, un état d’apaisement
 Deux arts dont chacun utilise l’autre pour créer une nouvelle forme artistique unitaire
 Deux mouvements : celui de la lumière, mais aussi celui du spectateur qui bouge, cherche à comprendre, voire à toucher dans la pénombre, avant de s’asseoir pour contempler
 Deux matières : le concret du verre, l’onde vibrante de la matière et au centre l’état du spectateur, corps et esprit.

Alors que l’époque contemporaine met en avant tant d’expériences de développement personnel, alors que roule la vague des exercices de « méditation de peine conscience », alors que le yoga fait partie de la culture et du quotidien occidentaux, comme en témoigne le succès du livre d’Emmanuel Carrère, Yoga, il ne s’agit plus ici de mettre au centre sa respiration, de l’écouter, en faisant l’effort du fameux « lâcher-prise ». « Quarante jours dans le désert » propose un chemin de traverse par le visuel et l’auditif pour accéder au spirituel ou pour le questionner.

« Dans notre travail, tel que je le comprends, la dimension sensorielle se mêle à la dimension spirituelle. Le sensoriel est premier. Notre œil perçoit le jeu de lumière qui se joue dans le verre. Nous déplaçons les volumes, nous en modifions l’architecture, nous nous mettons en mouvement pour nous approprier davantage encore cette expérience sensible. Partant des sens, l’information se propage vers la conscience et quelque chose d’impalpable se joue alors. Nous arrivons à une dimension plus mystérieuse de l’être. C’est cet impalpable que nous voulons partager avec le public. En cheminant dans cette lumière, il semble que nous devenions plus conscients de notre part irréductible d’inconscient. » (présentation par Hugo Verlinde dans son flyer)

À y regarder de plus près, il y a de la sensualité dans cette œuvre méditative. À l’image des textes de mystiques, les mots de l’artiste sont ambivalents :
« Depuis toujours mes images sont porteuses d’espace : un espace courbe et sensuel, géométrique et charnel, un espace frémissant de vie. Mon ambition est d’incarner notre nouveau rapport à l’espace avec les ressources spécifiques qu’apporte le numérique. Je veux relier le corps à l’espace et rendre l’infini intime.  » (Site de l’artiste)

Hugo Verlinde est déjà intervenu deux fois à Saint-Merry. En 2012, dans CROIX, il avait créé au-dessus du sol une sculpture minimaliste, quatre branches d’une croix où glissaient, flottaient des pixels blancs et bleu.

Et il est l’un des deux artistes de la Nuit Blanche 2020.
Jean Deuzèmes

Biographies
Hugo Verlinde
Diplômé de l’école Louis Lumière, Hugo Verlinde est cinéaste et artiste des nouveaux médias.
Ses cosmogonies décrivent un monde sans contraintes ni frottements, où tout se fait par correspondances, harmonies et résonances. Générées par des modèles mathématiques, les compositions de Hugo Verlinde explorent les vertiges de l’ensoleillement et créent une poétique de l’espace, précise et onirique à la fois. Son travail est diffusé en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. La démarche exploratrice de l’artiste voit sa reconnaissance dans l’essor des manifestations consacrées au cinéma expérimental et à l’art numérique, parmi lesquelles la Cinémathèque française et le Centre Georges Pompidou à Paris, la Tate Modern à Londres ou l’Exposition universelle de Shanghaï.
« Artiste travaillant sur le potentiel plastique du matériau mathématique, Verlinde développe une écriture fondée sur « l’abstraction programmée » dont il fait remonter les prémisses aux peintres abstraits, aux théories de Germaine Dulac sur le cinéma pur et aux travaux du pionnier américain James Whithney. A la fois activiste de la cause « ciné artistique » et créateur protéiforme, Hugo Verlinde développe une série d’activités qui en font une figure importante du cinéma expérimental français. »
Raphaël Bassan, « Un cinéaste à la croisée des pratiques », Revue Bref, n°56 [02/2003]

Site : http://www.lepixelblanc.co/hugo-verlinde

Jacotte Chollet
Après des études universitaires en Anglais et en Linguistique, Jacotte Chollet a coproduit et réalisé en compagnie d’André Voisin une cinquantaine de documents filmés pour la télévision française.
Ces films l’ont conduite à la découverte de différentes cultures du monde, mais aussi à faire les portraits de scientifiques et chercheurs de pointe qu’elle a contribué à faire connaître.
La mort subite de sa mère et les évènements synchroniques qui s’en suivent font basculer l’aiguille de sa boussole de l’extérieur vers l’intérieur et de l’image vers le son. Jacotte utilise des synthétiseurs de sons, nouveaux instruments de musique au début des années 80, pour explorer le monde des fréquences sonores.

Très rapidement, elle découvre leur immense pouvoir sur les états de conscience, la psyché et le corps.
Cette recherche l’a conduite à créer « live » dans des états d’hyper créativité une musique intuitive, hautement vibratoire qui éclaire notre intériorité et fait résonner nos dimensions conscientes, subconscientes, spirituelles, émotionnelles, énergétiques et physiques.
« À l’exception des grands gongs tibétains, votre musique est la seule à provoquer une aussi forte résonance intérieure. C’est au-delà de la musique dans les éthers et les sens subtils. » Ingo Swann.
« Une série de disques absolument fantastiques dont on ressent les effets jusque dans le corps, un joyau qui étincelle de mille feux. Cette musique extraordinaire donne la nouvelle tonalité pour le XXIe siècle. »
Darv Krizton, Visionary Sound Arts Interface, USA.
Site : https://www.multidimensionalmusic.com/

Florence Tassan Toffola
Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts décoratifs (2000), elle suit une formation au Centre Européen de Rechercher et de Formation aux Arts Verriers, puis rejoint l’Atelier Stéphanie Le Breton, devenant Artisan verrier Au Gré du Verre

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